
Le nouveau tramway des Champs-Elysées fait, depuis avant-hier, la joie des Parisiens. C’est devenu un jeu, pour certains promeneurs, d’accueillir par des quolibets et des lazzis l’apparition de ses véhicules. Ceux de la ligne de Vanves à Saint-Philippe-du-Roule ont surtout un joli succès.
On ne peut, en effet, rien imaginer de plus cocasse, de plus ridiculement piteux, que ces lamentables guimbardes, toutes basses, sans impériale, mi-partie caisse et mi-partie terrasse, que tire à grand-peine une jument apocalyptique.
Et cela en plein Champs-Élysées !
Quelques incidents joyeux ont, d’ailleurs, marque la journée d’inauguration. C’est ainsi qu’au coin de l’avenue d’Antin et de la rue de La Boétie, M. A…, qui avait fait ranger son coupé devant sa maison, se refusa obstinément, en dépit des appels réitérés de la trompe du conducteur, à faire déplacer sa voiture :
— Je suis, a-t-il dit, propriétaire de l’immeuble devant lequel stationne mon coupé, et c’est bien le moins que je puisse approcher de chez moi avec mon équipage.
Rien ne put l’en faire démordre, pas même le procès-verbal qui fut dressé contre lui. Force fut au conducteur de la Compagnie de faire dérailler son véhicule, qui poursuivit sa route au milieu de l’hilarité générale.
Attendons-nous à voir se produire beaucoup d’incidents analogues. Le nouveau tramway s’annonce comme devant faire la joie et l’encombrement du quartier.
Le Journal — 20 mai 1897
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