
Et ceci n’est pas un canard. Rue Saint-Vincent, à Montmartre, demeure le peintre V…, dont la femme possédait un canard, bête intelligente, qui faisait la joie de tous les amis de la maison.
Fanfan, c’était son nom, vint à mourir, succombant à un mal inconnu, mystérieux, malgré les soins d’un vétérinaire.
Mme V… en eut un grand chagrin et l’enterra clans le jardin, décemment enseveli dans un carton, recouvert d’un linceul de batiste avec un bouquet de fleurs.
Or, le lendemain, Mme V… voulant mettre une broche en brillants ne la trouva pas et la chercha vainement.
Son mari s’en fut trouver le commissaire des Grandes-Carrières, M. Garnot, auquel il raconta son aventure portant plainte, en ajoutant que sa femme était, désolée de ces deux contrariétés, la mort de son canard et la disparition de sa broche.
Une première enquête ne donnant pas de résultat, le secrétaire du commissaire eut une idée géniale.
— Mais si c’était le canard le malfaiteur, le larron, qui ait volé la broche ?
Le commissaire opina de la tête, et M. Rousselat, le secrétaire, après avoir fait exhumer le canard, procéda lui-même à l’autopsie.
Dans le gésier, la poche stomacale, il trouva la broche.
C’était là le secret de l’affection qui avait conduit Fanfan à la tombe. Il était mort d’un diamant mal digéré. Mort naturelle, si l’on considère que généralement c’est par la broche que finissent les canards.
Le Journal — 19 mai 1897










