Hier soir, vers huit heures, deux grandes voitures de courses venaient d’amener devant la porte d’un restaurant du boulevard Voltaire une quarantaine de personnes faisant partie d’un cortège nuptial, lorsqu’une querelle, née du dépit éprouvé par la sœur de la jeune épousée de voir celle-ci se marier avant elle, éclata entre les deux jeunes personnes.
Entendant insulter grossièrement sa femme, le marié, M. J. X. un jeune homme de vingt-huit ans intervint dans la querelle, et bientôt, au comble de la colère, se laissa aller à des voies de fait, frappant sa belle-sœur.
Celle-ci, une jeune fille de dix-huit ans, fut secourue par son père, qui prit parti pour elle contre son gendre et sa fille aînée et leur distribua à son tour force coups. Ce fut alors une mêlée générale ; témoins et invités se mirent de la partie et prirent fait et cause les uns pour la mariée, les autres pour la demoiselle d’honneur ; seule la mère des deux furies essayait, sans y parvenir, de calmer les belligérants.
Ce pugilat entre gens en grande toilette sur le trottoir du boulevard fit vite accourir une foule de gens.
Bientôt arrivèrent plusieurs gardiens de la paix qui, ne sachant à qui entendre, désespérant de mettre d’accord tout ce monde furieux, conduisirent toute la noce au commissariat de police.
Une fois en présence du commissaire de police la scène recommença. Les uns voulant rejeter sur les autres la responsabilité de la bataille tous en vinrent aux mains de nouveau, le marié tombant sur sa belle-sœur, le beau-père sur son gendre, les témoins de ce dernier sur le beau-père.
Ce fut un moment d’épouvantable vacarme. Toutefois, le magistrat voulant user de clémence et ne pas faire se terminer par quelques arrestations une journée commencée sous d’heureux auspices, prit le parti le plus sage.
Sous prétexte de les interroger, il garda seuls dans son cabinet le marié et sa jeune femme, puis il les pria de se retirer par une porte dérobée. Quand il fut certain que les deux époux étaient loin, il rendit la liberté aux gens du cortège qui s’en allèrent sans les héros de la fête faire honneur au repas de noces.
Le Petit Parisien— 5 juillet 1897










