Dans la soirée d’avant-hier, vers onze heures, un individu nommé J. S… nourrisseur aux Lilas, se trouvait en compagnie de son fils dans le tramway qui va de Romainville à la place de la République. Non loin d’eux était un lieutenant d’infanterie en uniforme avec sa femme.
Tout à coup le nourrisseur se mit invectiver l’officier on le traitant d’espèce de Dreyfus, restant de Bazaine, traitre, etc., et insulta le corps des officiers français. Puis, se tournant vers son fils, il lui dit : Si tu en tues dix comme celui-là, je te paye du tabac pour aller en offrir aux Prussiens.
Les voyageurs et le conducteur de la voiture, outrés d’un pareil langage, voulurent intervenir, mais l’officier refusa leur concours, en disant qu’il se chargerait tout seul de l’affaire.
Arrivé sur la place de la République, le lieutenant requit un gardien de la paix et fit conduire le triste personnage dans un commissariat de police pour obtenir son nom et son adresse.
Le rapport, adressé au général Saussier, fut transmis à M. Atthalin, procureur de la République, qui chargea M. Martin, commissaire de police aux délégations judiciaires, de procéder à une enquête.
Ce magistrat, après avoir entendu le plaignant et les témoins, a conclu à des poursuites envers le grossier personnage pour insultes à l’armée et outrages au corps des officiers.
Le Petit-Parisien — 9 décembre 1897










