Le procès dit des « Pieds humides » revient actuellement devant la Cour d’assises de la Seine, le Tribunal correctionnel s étant, on le rappelle, déclaré incompétent.
On qualifie de « Pieds humides » ces courtiers qui rôdent autour de la Bourse et y font le trafic des valeurs dépréciées.
Les titres des Compagnies de Chemin de fer rachetées par l’État furent, vers la fin de 1894 l’objet d’une spéculation suspecte. Ces titres passèrent de la cote de 0 fr. 15 à celle de 35 francs.
Cette hausse extraordinaire était due à ce fait qu’on avait représenté l’État comme étant à la veille de verser des sommes importantes aux obligataires.
En réalité, l’État n’avait rien à verser, les obligataires ayant été indemnisés dans une proportion déterminée, par application d’une loi spéciale.
Comment donc avait-on accrédité un pareil bruit ? Le voici ;
On avait montré la photographie d’un certain nombre de pièces paraissant provenir du Ministère des Finances et d’où il résultait que le travail des Commissions primitives chargées de la répartition des indemnités allait être révisé.
Or, ces photographies avaient été fabriquées à l’aide de lettres à en-tête officiel qu’avait procurées un employé du ministère des Travaux publics nommé Cordier, un agent d’affaires véreux, ancien officier, Hippolyte François, auquel il avait voulu emprunter 500 francs, et qui pensa aussitôt à se servir de lui pour une opération sur les titres et question.
Hippolyte François s’adjoignit son frère, Auguste, et un autre courtier, Edgar Delaye.
Leur indélicate supercherie ayant été découverte, ils furent poursuivis pour escroquerie en police correctionnelle et condamnés à l’emprisonnement.
Mais, en appel, devant la Cour, ils demandèrent leur renvoi devant le jury, en faisant observer que les faits relevés à leur charge constituaient le crime de faux et d’usage de faux.
La Cour fit droit à leur demande en se déclarant incompétente.
Les débats en Cour d’assises occuperont plusieurs audiences.
Le Petit-Parisien — 9 décembre 1897










