Lucie Coulon, âgée de dix-huit ans, ouvrière couturière, était depuis plusieurs mois la maîtresse d’un garçon de café, Henri Prost, âgé de trente-deux ans. Ils habitaient ensemble 82, rue de Flandre.
Prost, d’une nature très douce, d’un caractère très conciliant, adorait sa compagne, dont il s’efforçait de satisfaire tous les désirs, toutes les fantaisies. De son côté, Lucie se montrait reconnaissante des attentions si tendres qu’il lui témoignait, mais elle était jalouse et faisait à tout propos au pauvre garçon des scènes qui n’avaient aucune raison d’être. Elle lui reprochait d’être trop aimable avec les clientes de la maison où il était employé Prost ne prenait pas ces scènes au sérieux. Il en éprouvait seulement de l’ennui et cherchait à persuader à Lucie qu’elle avait grand tort de se montrer si jalouse.
Ne lui donnait-il pas à chaque instant des preuves de sa tendresse, de sa fidélité ? Quant aux menaces qu’elle lui faisait, il se contentait d’en rire. Avant-hier, dans la nuit, quand il rentra un peu plus tard que d’habitude, il la trouva éveillée, l’attendant anxieuse et irritée.
Sans vouloir entendre ses explications, elle s’emporta en furieuses récriminations et, s’exaltant jusqu’à la frénésie, elle s’arma d’un revolver et fit feu sur le malheureux Henri, qui tomba, ensanglanté, sur le parquet, atteint d’une balle à la tête.
Au bruit de la détonation, des voisins intervinrent. Le blessé fut conduit dans une pharmacie d’où, après avoir reçu des soins, il fut transporté à l’hôpital Lariboisière, pendant que Lucie Coulon était arrêtée et menée au poste.
Hier matin, le commissaire de police s’est rendu à l’hôpital pour y recevoir la déclaration de la victime mais Henri s’est énergiquement refusé à porter plainte contre sa maîtresse. Il a même vivement insisté pour qu’on lui rendît la liberté, ajoutant que sa présence à son chevet vaudrait mieux pour lui que tous les onguents du monde. Sa blessure n’est d’ailleurs pas très grave.
Le Figaro — 19 octobre 1897










