Un malheureux accident, qui a causé la mort de deux personnes, est survenu, hier soir, à sept heures et demie, rue de l’Université.
M. Charlet, qui gère un établissement de vin au numéro 127 de cette rue, faisait brûler de la paille dans les water-closets afin, disait-il, de détruire les miasmes. À quelques mètres de là, le concierge de l’immeuble, M. Lédard, âgé de quarante et un ans, et sa fille Marcelle, âgée de cinq ans, suivaient l’opération ; ils s’étaient placés sur la trappe même qui recouvre la fosse d’aisances.
La paille flambait joyeusement et des flammèches voltigeaient dans tous les sens, quand soudain une violente explosion se produisit. La trappe de la fosse fut violemment soulevée et M. Lédard, ainsi que sa fille, tombèrent dans le trou béant et nauséabond.
Le bruit de la détonation fut entendu de très loin ; des voisins, puis des passants accoururent.
Le gardien de la paix Baurie, du septième arrondissement, qui habite l’immeuble et qui était en train de s’habiller pour aller prendre son service, se rendit en toute hâte dans la cour et se dirigea vers la fosse où déjà des voisins avaient descendu des échelles. Le gardien Baurie se hasarda dans le trou, saisit le corps de Lédard et le remonta-à l’air libre.
Hélas ! l’infortuné concierge avait été asphyxié par les gaz délétères. Son cadavre fut transporté dans la loge. Le gardien de la paix Baurie s’évanouit à son tour. On le conduisit aussitôt dans une pharmacie, où des soins énergiques lui furent donnés, puis on le remonta chez lui.
Bientôt arrivaient rue de l’Université MM. Danjou, commissaire de police ; Kuntzler, officier de paix, et les pompiers du poste de la rue des Entrepreneurs. On dut faire évacuer l’immeuble par les curieux qui avaient envahi la cour et le couloir et qui gênaient les opérations de sauvetage.
À huit heures seulement, un sapeur descendait dans la fosse, d’où les gaz morbidiques s’étaient évaporés, et pouvait sans danger remonter le cadavre de l’infortunée petite Marcelle.
Les corps du père, et de l’enfant portent de légères blessures. La trappe de la fosse a été brisée par la violence de l’explosion.
L’émotion soulevée dans le quartier par l’accident a été d’autant plus vive qu’au début, on a cru, naturellement, à un attentat anarchiste.
L’enquête à laquelle procèdera M. Danjou, permettra de fixer les responsabilités.
Le Matin — 31 août 1897










