M. Lépine, gouverneur général de l’Algérie.

Le nouveau gouverneur général de l’Algérie, M. Lépine, est un fonctionnaire heureux. Il y a juste vingt ans, il débutait dans l’administration comme sous-préfet de La Palisse. À partir de ce premier pas, la bonne fée qui semble veiller sur sa destinée l’a conduit, suivant une progression régulière et relativement rapide, aux sous- préfectures de Montbrison, de Langres, de Fontainebleau ; puis aux préfectures de l’Indre, de la Loire, de Seine-et-Oise.
En 1893, il était appelé à diriger la préfecture de police, dont il avait pu étudier précédemment les rouages, en qualité de secrétaire général. C’est là qu’il acquit la grande notoriété, l’un des périlleux privilèges du titulaire de ce poste difficile, et qu’il eut la rare fortune de la voir tourner en popularité.
Tous les Parisiens connaissent M. Lépine pour avoir eu mainte occasion de le rencontrer. Les jours d’incendie, de catastrophe, de manifestations, de visites princières, une voiture discrète — coupé ou victoria — fendait le flot de curieux accourus ; on en voyait descendre un petit homme correct, sec, alerte, œil vif, cheveux taillés en brosse, moustache et barbiche grisonnantes, ayant, en un mot, la physionomie et les allures d’un officier de chasseurs à pied.
Actif, nerveux, sans se départir pourtant du sang-froid nécessaire au chef responsable, il soulignait d’un geste impératif les brèves mais précises instructions verbales qu’il donnait à ses subordonnés. Dans la foule, on se le montrait, disant avec une familiarité respectueuse : « C’est Lépine ! »
Diverses réformes intelligentes, accomplies dans le fonctionnement de la police lui avaient d’ailleurs mérité la faveur de la population parisienne.
Au moment de son départ, M. Lépine a, en général, une « bonne presse ». Il laisse des regrets ; il en emporte aussi sans doute, car il paraissait vraiment aimer la tâche délicate qu’il remplissait avec tant de succès. Ce succès, le retrouvera-t-il dans la direction peu commode des affaires algériennes ? La fée de l’avancement qui, aidant à ses talents personnels, lui a permis de brûler les étapes d’une belle carrière administrative, n’a probablement pas voulu trahir son filleul en lui ménageant la grosse surprise du dernier décret.
E. F.
L’Illustration — 3 octobre 1897
Louis Lépine ne fit qu’un séjour relativement bref en Algérie et redevint préfet de Police en juin 1899, poste qu’il conservât jusqu’à son admission à la retraite en 1913. (Note de l’éditeur)










