
Ces Américains nous prennent tout, nos chanteuses, nos tragédiennes et nos danseuses ! Hier, en effet, Cléo de Mérode débarquait à New-York et commençait à révolutionner la ville des Yankees. Déjà la presse s’occupe de la ballerine et voici le portrait que fait d’elle un journal de Montréal :
« Sa coiffure est légendaire. Sur la rue, elle se coiffe à la mode Botticelli : ses cheveux à peine ondulés sont séparés au milieu du front, descendent sur les joues et, cachant les oreilles, vont s’attacher en arrière sur le col. Ses oreilles sont d’une beauté ravissante, et c’est probablement à cause de cela qu’elle les cache presque continuellement. C’est tout un événement quand elle les montre. À son arrivée à New-York, elle a annoncé à ses directeurs qu’on pourrait voir ses oreilles dans une certaine danse Louis XV, dans laquelle les danseuses portent perruque blanche liée très étroitement en arrière. Ce jour-là, les directeurs mettront sur l’affiche :
Ce soir :
CLÉO DE MÉRODE
montrera ses oreilles
Et les recettes seront bonnes.
Mlle de Mérode va distribuer là-bas beaucoup de photographies, et je suis convaincu que la dédicace qu’elle a écrite au bas de ses portraits fera impression sur les Américains. Voici tout ce qu’a trouvé la fort jolie danseuse et on dit qu’elle a cherché cette phrase depuis son départ d’Allemagne :
« Je trouve New-York tellement grandiose que je suis enchantée d’être venue. »
Et nous donc !
Il paraît qu’au débarcadère Cléo était peu élégante, on dit que son petit chapeau de paille était d’une fraîcheur douteuse.
Elle avait sans doute pris celui de madame sa mère.
Gil Blas — 2 octobre 1897










