La Sûreté générale vient de prendre la peine, une fois de plus, de mettre le public en garde contre une certaine escroquerie devenue légendaire, et que l’on cultive particulièrement en Espagne.
De temps en temps vous arrive de ce charmant pays une lettre chargée, fortement timbrée, aux allures pesantes et cossues, qui vous annonce qu’un trésor est caché dans quelque coin d’Andalousie, que l’on connaît l’endroit exact de la cachette, mais qu’on ne peut procéder aux fouilles qu’après des formalités préalables qui nécessitent une certaine somme d’argent.
Vous devinez le reste. Le mystérieux correspondant vous demande la somme d’argent et en échange s’engage à partage le trésor avec vous. C’est tout à fait enfantin, n’est-ce pas ? J’oserai même dire parfaitement idiot.
Eh bien ! le nombre de gens qui s’y laissent prendre est incalculable. La somme qu’on leur demande est d’ailleurs, minime. Une centaine de francs pour gagner un trésor ! On peut bien risquer l’aventure. J’ai une vieille tante à qui l’on a soutiré ainsi près de 500 francs qu’elle aurait mieux fait de perdre en me les donnant. Cela n’a pas altéré sa confiance elle attend toujours ses châteaux en Espagne !
Et croyez bien qu’elle n’est pas seule en son genre. La race des gogos s’étend à l’infini. On en trouvera toujours pour toutes les bizarreries, pour toutes, les extravagances, pour toutes les opérations qui se passent dans la lune. Quoi de plus banal, de plus connu que le vol classique à l’américaine ? Il fait chaque jour, cependant, de nouvelles victimes. Le vol à l’espagnole continuera d’avoir le même succès, et toutes les circulaires de police n’y changeront rien. On peut, à la rigueur, garder les gens des sottises d’autrui on ne les garde pas de leur propre sottise !
Le Figaro — 8 septembre 1897










