
Il parait qu’à Londres, quand on rencontre une femme pédalant dans le costume rationnel du cyclisme, soit le pantalon bouffant, les bas et les souliers, c’est à qui parmi les passants montrera le plus d’indignation et de dégoût, la voyageuse fût-elle exquise. On n’en rencontre d’ailleurs que par exception, et c’est presque toujours une étrangère. Les cyclistes françaises, qui sont venues à l’Aquarium de Londres prendre part à des matches internationaux, avaient été prévenues qu’elles eussent à ne pas sortir dans la rue en culotte, et elles ont dû se soumettre.
De « courageuses citoyennes », au nombre de cinquante-six, ont voulu tenter une manifestation qui s’est terminée par une défaite désastreuse ! Elles s’étaient donné rendez-vous hier pour effectuer en nombre une promenade de protestation et il convient de dire qu’aucune n’a manqué à l’appel.
Mais, hélas les gamins non plus n’ont eu garde d’y manquer, ils ont poursuivi en nombre les infortunées cyclistes la foule naturellement s’est rassemblée, de telle sorte qu’en raison de l’encombrement la police a dû intervenir.
Ces défenseuses héroïques de la confection fémino-masculine ont enfin pu s’évader et disparaître dans la direction des jardins de South Kensington, toujours escortées de gamins ironiques, mais très crânes sous les huées. Elles ont du moins prouvé qu’elles étaient moralement dignes de porter la culotte.
Le Gaulois — 7 septembre 1897










