Le 3 avril dernier, des ouvriers travaillant dans une sablière, située sur le territoire de la commune de Choisy-le-Roi, au lieu dit « la Gare aux Bateaux », sur la rive droite de la Seine, mettaient à jour neuf squelettes assez bien conservés.
On supposa tout d’abord que ces ossements étaient ceux de soldats allemands tués en 1870-71, lors du siège de Paris.
La forme de la boite crânienne et le développement des mâchoires semblaient indiquer, d’après l’avis des médecins appelés à -procéder aux constatations médico-légales, qu’on se trouvait en présence de représentants de la race saxonne, âgés de vingt à trente ans. Les squelettes étaient » ceux d’hommes de haute taille et ayant dû être admirablement constitués.
On se souvient que, dans la dernière quinzaine de septembre 1870, un combat eut lieu à Choisy-le-Roi, entre francs-tireurs et Allemands. Une vingtaine de ces derniers furent tués au moment où ils cherchaient à traverser la Seine sur de frôles embarcations. En outre, Choisy et l’Hay furent le théâtre de deux batailles livrées, le 29 octobre et le 30 novembre de la même année, entre le 6e corps allemand et le 13e corps français.
On était donc sur le point de conclure à la découverte de cadavres provenant de l’année terrible, lorsque des vieillards, originaires de Choisy, vinrent infirmer ces suppositions.
Les « vieux » de Choisy rappelèrent que, au cours du sanglant combat qui fut livré en 1814, par Napoléon 1er aux armées alliées, à Montereau, un grand nombre de soldats allemands, notamment des dragons avaient été précipités dans la Seine et charriés jusqu’à Choisy-le-Roi, où un certain nombre de corps avaient été repêchés puis inhumés au bord du fleuve, à l’endroit même où les ossements viennent d’être découverts.
Après un second examen des squelettes, les médecins constatèrent que l’état de désagrégation des os indiquait, en effet, que l’inhumation devait être bien antérieure à l’année 1870.
Ce qui semble encore corroborer les dires des anciens de Choisy-le-Roi, c’est que l’humus, conséquence nécessaire de la décomposition des corps, a complètement disparu, ce qui s’explique, du reste, par le niveau de l’endroit où la découverte a été faite et la proximité du fleuve.
Notons, pour terminer, qu’aucune trace de linge, de vêtements, de boutons d’uniformes ou d’armes n’a été retrouvée près des squelettes.
Le Matin — 7 avril 1897










