Le service de Sûreté a opéré, la nuit dernière, une importante rafle sur le boulevard de Clichy et dans les rues avoisinantes, où évoluaient de véritables bataillons de filles et d’individus dont la position sociale consiste précisément à n’en point avoir.
Quarante arrestations ont été opérées : trente-quatre filles et six messieurs à la casquette haut pontée.
Parmi les femmes envoyées au Dépôt se trouve la doyenne des marchandes d’amour de Montmartre, Mariette Roulin dont les cinquante-huit ans étaient encore, paraît-il, d’un irrésistible attrait pour les jeunes gens à la recherche de conquêtes faciles.
Mariette Roulin, comme toutes les créatures malheureuses, a une histoire. C’est elle qui la raconte et nous n’en garantissons point l’authenticité.
Fille d’un planteur de la Havane, elle avait été enlevée toute jeune par un riche indigène qui était venu se fixer à Paris et avec lequel elle avait mené une existence luxueuse hôtel particulier, équipage, rien’ n’avait, manqué à ses plaisirs, et ses salons somptueux étaient à l’époque le rendez- vous du tout-Paris qui s’amusait.
Les déboires arrivèrent vite et la belle Mariette, à laquelle on avait donné le flatteur sobriquet de la « Sirène », fut bientôt atteinte de la variole.
Complètement défigurée, tous ses amis l’abandonnèrent, et la pauvre fille tomba dans une profonde misère.
Comme Mariette Roulin n’a aucun domicile et-que ses moyens d’existence sont plus que problématiques, la préfecture de police a décidé de la faire hospitaliser à Nanterre.
Le Matin — 7 avril 1897










