L’anthropophagie n’est pas, comme on pourrait le croire, une simple question de cuisine ; et si quelques groupes d’hommes mangent leurs semblables, ce n’est pas uniquement parce qu’ils trouvent la chair humaine supérieure à celle du mouton.
Un égyptologue anglais, M. Flinders Petrie, a étudié les origines de l’anthropophagie, et il a pu classer les cannibales comme il suit :
D’abord, il y a des populations cannibales qui mangent leurs morts pour les honorer, pour leur témoigner leur amour, et pour leur assurer le bonheur d’une autre vie. Ainsi les indigènes de l’Australie et les sauvages de l’Amérique du Sud disent qu’« il vaut mieux finir dans le ventre d’un ami que dans la terre froide. » Ce sont là des cannibales par devoir, et l’anthropophagie se présente chez eux comme une institution de haute moralité. Or, ces cannibales forment une proportion de 20 %.
Puis viennent les cannibales qui mangent les grands guerriers morts pour s’assimiler leur courage, ou encore qui mangent les enfants pour se refaire une jeunesse. C’est moins moral, mais ce n’est pas encore de l’anthropophagie par gourmandise.
Ces cannibales égoïstes entrent dans le total pour 19 %. Il faut encore en compter 10 % qui mangent leur prochain pour des motifs religieux, et 5 % qui le font par haine, pour se venger de leurs ennemis.
À ces divers groupes, si l’on ajoute encore ceux qui mangent leurs semblables parce qu’ils n’ont rien d’autre à manger, les anthropophages par nécessité, par famine – formant encore les 18 centièmes du tout – on trouve qu’il ne reste plus qu’une proportion de 28 cannibales pour 100 mangeant de la chair humaine par gourmandise.
L’Illustration — 7 aout 1897










