
Mme Dubrai-Lelievre, qui n’avait eu dans toute sa vie d’autre passion qu’une excessive affection pour son chat, un gros matou blanc répondant au nom de « Bis », s’était, il y a quelques années, avisée de le coucher sur son testament.
Comme les bêtes ne peuvent hériter, Mme Dubrai-Lelievre imagina de léguer aux écoles municipales de la rue des Quatre-Fils (3e arrondissement), une somme de trente mille francs, à la double condition que la municipalité se chargerait de sa tombe et assurerait l’existence de « Bis ».
Le don fut accepté et la municipalité confia le chat de la défunte à une concierge demeurant 2, rue du Plâtre, Mme C … Un contrat régulier en double exemplaire fut signé. Mme C… s’engageait à bien soigner le chat, à lui acheter chaque jour du foie et du lait. En revanche, la municipalité versait à Mme C… , tous les trois mois, la somme de cinquante-cinq francs.
Or, « Bis » est mort hier, âgé de seize ans. En sa qualité de rentier, il était le chat le plus connu du quartier.
À dater d’aujourd’hui, les arrérages du legs Dubrai-Lelièvre seront attribués, selon le vœu de la testatrice, à l’achat de vêtements pour les enfants des écoles.
Le Gaulois — 5 aout 1897










