Hier, 1er aout ! Ça est une date, savez-vous ! C’est la dernière limite pour le séjour à Paris des gens qui doivent « villégiaturer ». Plus d’excuses ! Les distributions de prix — derniers prétextes — sont terminées et aucune raison avouable ne peut motiver à présent un retard.
Si monsieur est retenu par ses affaires, il ira à Trouville ou à Dieppe du samedi au lundi, le train des maris n’ayant pas été créé pour les chiens … sans leurs maîtres.
Les enfants « ont besoin de changer d’air », rien ne prévaudra contre cet arrêt péremptoire. Et les omnibus de familles, à la queue-leu-leu, s’engouffrent dans les cours des gares, déposant femmes, enfants, bonnes, nourrices et paquets de tous calibres et de toutes formes.
Gens heureux, qui allez voir de vrais arbres qui n’auront pas les pieds… nickelés par des grilles circulaires ; qui allez contempler de l’eau, de l’eau à perte de vue, limitée seulement par le ciel ou quelque côte azurée ; de l’eau, enfin, sans qu’il en surgisse les pilotis, les boites à air, les caissons, les maçonneries dont on nous obsède !…
Pour trouver un semblant de campagne, je suis sorti hier de Paris par Suresnes. Peu de monde, très peu de monde aux Acacias où évidemment il devient tout à fait épicier de se montrer. Des bicyclettes, des automobiles, des tricycles à pétrole cependant, et des voitures aussi au Chalet du Cycle. À Suresnes, une fête foraine hélas ! lamentablement installée sur la route même. Puis, en grimpant plus haut, la vue de Paris pittoresque, majestueuse, mais enfin bien « vue de Paris » avec tour Eiffel et Trocadéro obligatoires ; spectacle agréable peut-être au printemps ou à l’automne, mais pénible un 1er aout à ceux que le contraire de la grandeur retient au rivage.
Enfin voici le haras de Longchamps et, tout là-haut, la route qui descend à Rueil et à Nanterre.
Mais que vois-je ! S’étendant tout là-bas jusqu’au pied du mamelon boisé, d’où surgit le mont Valérien, des champs, de vrais champs de blé dont on fait la moisson !
Des bonnes gens, en bras de chemise et en camisole, fauchent avec des vraies faux, étalent le blé en javelles, puis en font de vraies petites meules ! Restons là ! car si derrière nous c’est la fête de Suresnes, plus loin c’est celle de Bougival, et entre deux chevaux de bois, il est vraiment le bienvenu, ce tableau précieux d’un Jules Breton de banlieue !
Le Gaulois — 2 aout 1897
Dans le même numéro, on pouvait lire en page 2 :
Faits du jour — M. Lépine, préfet de police, est parti hier soir, se rendant dans le département de la Loire, où il va passer son congé annuel.
Les bruits qui ont couru de sa nomination prochaine au poste de gouverneur général de l’Algérie sont dénués de fondement.










