
On signale depuis quelques jours des nuées d’émouchets planant sur Paris.
L’émouchet ou crécerelle est le plus petit des oiseaux de proie. Il comprend diverses variétés la crécerelle commune ou épervier, des alouettes, la crécerelle à pennes grises, rare en France, la crécerelle des montagnes, la crécerelle de Bohême.
La variété qui nous occupe est la crécerelle commune que l’on trouve partout en France, dans les vieilles tours, les clochers, les creux des vieux arbres, etc.
C’est un oiseau roux, tacheté de noir, bec cendré ; le dessus, les côtés et le derrière de la tête d’un gris cendré, un trait noir sous l’œil, la gorge d’un blanc roussâtre et le dessous du corps roux également, moucheté de raies brunes sur la poitrine et le ventre.
La crécerelle ou émouchet fait la chasse aux mulots et aussi aux petits oiseaux. L’émouchet s’attaque aussi aux perdrix et aux pigeons sur lesquels il fond, qu’il étourdit d’un coup de bec sur le crâne et qu’il emporte pour les plumer avant d’en faire sa nourriture.
En voyant ceux qui planent en ce moment sur Paris, beaucoup de personnes ont pu les prendre pour des pigeons.
Mais l’erreur est facile à reconnaître, car le vol de l’émouchet est beaucoup plus large que celui du pigeon. Du reste, on ne les voit pas planer longtemps sans qu’ils s’abattent sur quelque proie fascinée d’avance.
Il serait peut-être utile qu’une guerre sérieuse fût faite à ces forbans des airs, car sans cela nous verrons rapidement nos jardins se dépeupler de ces pauvres petits pierrots, si effrontés, si hardis et en même temps si charmants, de ces « friquets parisiens » que le printemps en ce moment convie à la joie et que l’affreux émouchet guette pour en faire un massacre.
Le Figaro — 12 mars 1897










