On a pu formuler des critiques, parfois légitimes, contre l’organisation du service des secours publics à Paris. On a pu signaler l’imperfection des méthodes d’assistance immédiate des blessés et des malades tombés sur la voie publique. Mais on est unanime à reconnaître que ces reproches ne peuvent s’adresser à l’organisation du service de secours aux noyés.
Le rapport adressé par le docteur Voisin au Conseil d’hygiène, sur le fonctionnement des postes de secours aux noyés, en 1896, contient la preuve que les résultats obtenus sont des plus satisfaisants.
Au cours de cette année, 431 personnes submergées ont été apportées dans les postes de secours établis sur les berges de la Seine, de la Marne et du canal Saint-Martin. Douze seulement n’ont pu être rappelées à la vie et 389 sont sorties saines et sauves des pavillons de secours. C’est donc dans la magnifique proportion de 97 pour 100 que des créatures humaines ont pu être sauvées grâce à l’organisation de ce service.
Parmi les 389 personnes arrachées à la mort, 131 n’étaient restées que quelques secondes sous l’eau ; 222 y étaient restées de une à quatre minutes, et une pendant un quart d’heure. Parmi les douze qui n’ont pu être rappelées à la vie, 11 n’avaient été repêchées que dans un délai de dix à trente minutes. La douzième, qui n’était restée sous l’eau que quatre minutes, avait succombé à une congestion, conséquence de la proximité de son dernier repas.
Les frictions à la flanelle chaude
ont donné les meilleurs résultats.
La respiration artificielle, la traction rythmée de la langue, les inhalations d’oxygène, mais surtout l’emploi des moyens de réchauffement par frictions à la flanelle chaude ont donné les meilleurs résultats.
Mais ce qui est à noter, ce qui est vraiment remarquable, c’est que les soins aux noyés, récompensés par un si heureux succès, ont été donnés presque exclusivement par les gardiens de la paix, sans le concours des médecins.
Aussi, M. Laurent, secrétaire général de la Préfecture de police, s’est-il fait l’interprète de l’unanimité des membres du Conseil d’hygiène en adressant des félicitations aux braves agents préposés au service des postes de secours.
La population parisienne s’associera certainement à ce juste hommage.
Le Figaro — 2 septembre 1897










