
La plupart des Parisiens ignorent certainement que la Ville est dotée d’un musée d’assainissement qui résume en lui toutes les découvertes et les inventions dont l’hygiène a bénéficié depuis quelques années, notamment en ce qui concerne les maisons d’habitation. Il a fallu que la Préfecture de la Seine s’avisât de demander au Conseil municipal des locaux plus centraux et-mieux appropriés à cette installation pour que le musée lui-même sortît des profondeurs du néant, où il semblait englouti, et se révélât comme un véritable établissement d’utilité publique.
Savez-vous où nous sommes allé, pour notre part, le découvrir, ce fameux musée dont quelques habitants du quartier à peine connaissent l’existence ?
C’est à côté du marché aux bestiaux, au fond d’une impasse derrière le dépotoir, qu’a été reléguée cette intéressante exposition, sous un hangar que l’intelligence pratique de M. Masson, ingénieur des ponts et chaussées, a transformé en un pavillon à peu près habitable. Au moment où, devant la menace d’une nouvelle épidémie, les règles de l’hygiène et de la salubrité doivent être l’objet des préoccupations de tout le monde, une visite à ce musée s’imposait.
Un certain nombre de planches, de modèles et d’appareils qui y figurent avaient déjà été exposés en 1889 au palais des Arts libéraux depuis, on a complété les collections suivant la marche des découvertes et les expériences, concluantes faites par les ingénieurs et les techniciens qui s’occupent plus particulièrement des services d’hygiène.
L’histoire de l’assainissement des habitations parisiennes est à coup sûr d’un captivant intérêt. Sous nos yeux apparaît une série de cartes et de dessins coloriés reproduisant tout d’abord l’intérieur des anciennes maisons de Paris. On y voit des puits mis en contact presque direct avec les fosses d’aisances, on y perçoit les dangers de la contamination résultant d’infiltrations de toutes sortes, de la disjonction des tuyaux, des odeurs elles-mêmes refoulées par les conduites, dangers permanents d’épidémie, véhicules certains de la fièvre typhoïde et autres maladies contagieuses.
Peu à peu l’administration a fait modifier les anciens systèmes pour arriver au « Tout à l’égout » qui réalise le type le plus conforme aux lois de l’hygiène moderne. Les collections d’appareils sont assez nombreuses, ce sont de nouveaux modèles de siphons, de réservoirs de chasse, d’appareils automatiques qui garantissent non seulement l’évacuation des eaux et des matières, mais encore l’aération et la ventilation des conduites.
Le visiteur peut d’ailleurs suivre les progrès de l’assainissement en consultant les planches qui marquent toutes les étapes franchies depuis le douzième siècle. Puis ce sont des modèles de chalets ambulants construits sur roues, des appareils pour élever les eaux de pluie et les eaux de rivière. Une des pièces du musée, est réservée aux propriétaires et architectes qui désirent expérimenter leurs achats et ont besoin de conseils.
La dernière partie, vraiment curieuse et instructive, est réservée aux services des eaux d’égout. Celles-ci sont réunies, comme on sait, à l’usine de Clichy où de puissantes machines les refoulent sur les terrains irrigables de Gennevilliers et .de Colombes. Là, une deuxième usine les prend pour les remonter sur les coteaux d’Herblay d’où elles partent, en traversant la Seine, pour aller irriguer Achères. En ce moment, on construit à Pierrelaye une usine qui reprendra à son tour les eaux d’égout pour les déverser du côté de Noisy (Oise).
Une grande carte reproduit tout le travail des eaux d’égout aux environs de la capitale. À côté, c’est le plan de la maison de détention de Nanterre avec son agencement moderne. Les eaux et les matières provenant de cet établissement sont amenées à une usine de refoulement qui les envoie sur un terrain où l’administration cultive des légumes et des fruits d’un rapport d’environ 6,000 francs.
À la Ville-Evrard, le même système a produit les meilleurs résultats. Une autre planche nous montre dans leurs détails les travaux d’irrigation à Gennevilliers. À côté est un magnifique jardin qui a bénéficié largement de ce bienfaisant engrais. On y aperçoit d’énormes carrés de choux et de superbes champs de pommes de terre. Un des avantages de cet épandage des eaux d’égout c’est de restreindre de plus en plus l’envoi de ces eaux dans la Seine.
Quand les travaux actuellement entrepris seront terminés, le fleuve ne recevra plus toutes les matières organiques et les immondices qui créent sur certains points, notamment du côté d’Asnières, de perpétuels foyers d’infection. Ce jour-là, Paris commencera seulement à s’assainir.
Voilà la morale qui se dégage d’une visite à ce musée municipal.
Jean Pauwels
Le Figaro — 2 février 1897










