
On trouve, depuis quelque temps, dans le commerce, un petit appareil qui a été baptisé du nom de luciphore, ou de distributeur d’allumettes, enflammées.
Nous savons tous la valeur de nos allumettes. On frotte et cela prend au petit bonheur. Quand on est nerveux et que l’on veut avoir du feu vivement, on peut compter les ratées. Une, deux… la demi-douzaine y passe souvent. Et quand, enfin, l’allumette a daigné prendre, elle flambe une seconde dédaigneusement. Et c’est à recommencer. Une, deux…
Eh bien ! le luciphore vous sert une allumette tout enflammée et à volonté. Je viens de vérifier. Positivement le phosphore a pris et l’allumette est bien en feu. Peut-être l’instrument ne sera-t-il pas toujours aussi obéissant quand il vieillira ; mais, pour le quart d’heure, il nous évite une impatience bien légitime.
Le luciphore est gros comme un presse-papiers et peut servir à cet usage. C’est un petit bloc nickelé de 6 centimètres de large, de 7 centimètres de haut et de 8 centimètres de long, ayant la forme de ces petits bureaux Louis XV, à la mode aujourd’hui. À l’intérieur, un réservoir, dans lequel on glisse horizontalement un paquet d’allumettes. À l’extérieur, une touche centrale sur laquelle on appuie. Aussitôt, une allumette apparaît enflammée et toute droite sur le côté gauche de l’appareil. Et ainsi, chaque fois que l’on appuie sur la touche, jusqu’épuisement de la provision.
Le mécanisme est simple. Chaque allumette descend dans une petite gouttière horizontale. Quand on fait basculer la touche, on oblige l’allumette, couchée dans la gouttière, à venir frotter sur un minuscule peigne métallique où elle s’enflamme. En même temps, elle est saisie au bout opposé par un ressort qui la relève brusquement de l’horizontale dans la verticale. Et elle brûle droite comme un cierge… C’est tout ce qu’on demande à une allumette. Très pratique et ingénieux, ce petit distributeur d’allumettes enflammées !
Henri de Parville
Les Annales Politiques et Littéraires
4 avril 1897










