Les différents détachements des jeunes soldats affectés aux compagnies de discipline des bataillons d’Afrique se sont embarqués hier, à 2 h. 20, à la gare de Lyon, au quai de Bercy.
Ces différents détachements comprenaient ensemble près de 700 hommes, 28 venant de Lille, 12 des prisons centrales, 355 du recrutement de Paris, et 285 des recrutements du Havre et de Rouen.
Le service d’ordre avait été organisé par MM. Bouvier, commissaire divisionnaire, et Maillard, commissaire spécial de la gare de Lyon, sous les ordres desquels étaient placés les 2è et 3è compagnies de réserve, quarante agents du douzième arrondissement et une vingtaine d’inspecteurs de la Sûreté.
En outre, trois compagnies détachées des 82è, 28è et 4è de ligne prêtaient main-forte aux agents de l’autorité.
Les soldats, baïonnette au canon, avaient été placés en double haie encadrant le train spécial destiné aux Joyeux. Ces derniers n’ont d’ailleurs opposé aucune résistance et se sont conduits d’une façon presque correcte.
Mais il n’en a pas été de même de leurs camarades : des sifflets et des huées ont accueilli les agents et soldats à leur arrivée boulevard Diderot. Une cinquantaine de ces gredins ont lapidé la troupe et la police à coups de pierre et n’ont cessé leur mitraillade, assez meurtrière, puisque plusieurs agents, soldats et recrues ont été atteints, que devant l’énergique attitude d’un officier de paix, qui menaça de faire charger.
À deux heures vingt-deux
exactement,
le train s’ébranlait…
À deux heures vingt-deux exactement, le train s’ébranlait, emportant vers Marseille les sept cents recrues accompagnées des cadres suivants :
Un capitaine du 82è de ligne, trois lieutenants, deux sous-lieutenants, six adjudants, dix-sept sergents et trente-quatre caporaux et soldats en armes. Un caporal ou un soldat de première classe était chargé d’assurer la police de chaque compartiment.
Le train comportait quatorze voitures : treize de troisième classe et une voiture mixte à l’usage des officiers, sous-officiers et adjudants.
Des cris injurieux ont été poussés par les recrues, au moment où le train s’ébranlait ; ils s’adressaient plus particulièrement aux officiers de paix et aux agents, lesquels d’ailleurs s’en souciaient assez peu.
Une douzaine d’arrestations ont été opérée la plupart des individus arrêtés seront poursuivis pour insultes et outrages aux agents de la force publique, les autres pour coups et blessures volontaires.
Le Petit Parisien – 2 décembre 1897










