
C’est la lampe du cinématographe qui a déterminé l’horrible drame qui a mis Paris et la France en deuil. Quelques détails sur cet appareil ne seront pas superflus.
Lorsqu’on n’a pas de gaz ou d’électricité à sa disposition, les expérimentateurs se servent, pour éclairer les lanternes, des projections d’une lampe Drunnond, à éther.
D’habitude, quand on est à proximité d’une conduite de gaz, on fait arriver, dans un chalumeau, un double jet de gaz et d’oxygène qui porte à l’incandescence un petit morceau de chaux. La lumière obtenue est très belle. Mais, lorsqu’on ne peut utiliser le gaz, on le remplace par de la vapeur d’éther, combustible excellent qui, en se combinant à l’oxygène, donne beaucoup de chaleur et de lumière. Dans un récipient clos, l’oxygène est emmagasiné ; dans un autre récipient clos, l’éther est également emprisonné. Au moment où l’on veut produire la lumière, on ouvre les robinets des deux réservoirs et les gaz, se mélangeant, traversent le chalumeau, sont allumés, et la combustion porte la chaux à l’incandescence.
Dans le réservoir à éther, le liquide volatil est versé sur du feutre ou de la pierre ponce, comme on le fait dans certaines lampes à essence de pétrole, pour éviter tout excès d’éther.
Quand le chargement est fait ainsi, ces lampes n’offrent pas de dangers. Mais quand on emplit outre mesure le réservoir d’éther, il faut se défier tout spécialement de l’allumage. Et cela arrive assez souvent que l’on introduise trop d’éther, parce qu’on ne sait pas au juste ce qu’il en reste dans le récipient.
Dans ce cas, voici ce qui se passe : Au moment où l’on ouvre les robinets, l’éther, en trop grande quantité, sort sous pression et en abondance, entraînant des gouttelettes liquides. On allume. Aussitôt, s’échappe de la lampe un jet de flamme qui peut avoir plus de un mètre de hauteur. Là est le danger.
Nous ne saurions dire ce qui s’est passé dans la catastrophe de la rue Jean-Goujon. Mais il est vraisemblable que le réservoir d’éther était trop chargé et que, par une cause ou une autre, le jet de flamme s’est produit. On a prétendu que, tout à coup, la lampe avait paru s’éteindre et qu’ensuite, brusquement, la flamme s’était allongée. C’est que, dans ce cas, il y aurait eu ensuite afflux trop grand d’éther.
Il serait difficile de préciser les circonstances qui ont fait mal fonctionner la lampe ; seulement, il n’est pas douteux que c’est la vapeur d’éther qui, en produisant un long jet enflammé, aura mis le feu aux tentures du cabinet où se trouvait le cinématographe.
En tout cas, on fera bien de se défier des lampes oxyéthériques, et il était bon de prévenir ceux qui en feraient usage, sans bien les connaître, d’avoir à surveiller tout particulièrement le réservoir à éther.
Henri de Parville
Les Annales politiques et littéraires — 16 mai 1897










