Il faut être le Parisien au coup d’œil exercé, condamné à l’asphalte forcé à perpétuité pour trouver déjà un petit changement dans la physionomie de Paris.
Comme ceux-là seuls qui soignent un être cher s’aperçoivent d’un léger mieux dans l’état du malade, ceux qui n’ont pas de la saison quitté un instant le boulevard sentent que le pouls de la capitale se remet à battre, faiblement encore, mais de façon appréciable.
Les étrangers y pullulent encore ; on trouve encore tous les types exotiques des tournées circulaires ; on entend encore tous les dialectes aux articulations improbables, mais on remarque des bâillements de persiennes depuis longtemps fermées et c’est aux gares un mouvement significatif « d’arrivées ».
Nombreux déjà les petits omnibus de familles qui sillonnent la capitale, surchargés des classiques bagages, des colis révélateurs des villégiatures les filets de pêche, les pelles et les râteaux des enfants, la bicyclette emprisonnée dans sa cage d’osier.
Dans ces véhicules, des familles bronzées par le grand air et par le soleil brûlant d’août aux fenêtres, des petits mulâtres tout rôtis, portant soigneusement l’inévitable panier où s’étale brodé un nom de plage et qui à chaque cahot révèle son chargement de coquillages.
Il faut dire que la pluie a ramené plus tôt quantité de campagnards dégoûtés de leurs lointaines petites prisons et préférant celle que bornent de tous côtés les fortifications.
Puis, c’est la chasse qui, momentanément, ramène ses fervents, pour les apprêts, les provisions, pour un changement de direction. Puis, d’autres raisons, les affaires du mari, les cours préparatoires du garçon, des raisons de ménage, des raisons de famille, etc.
Et, dans les artères vides du grand Paris, le Parisien sent petit à petit s’infuser le sang qui va lui rendre la vie !
Le Gaulois — 28 août 1897










