Le Figaro l’annonçait hier. Mlle Cléo de Mérode va nous quitter. La vie, pour elle, n’était plus tenable à Paris ; Malgré des prodiges d’économie, et quoique aidée par les sages conseils de sa mère, elle ne parvenait plus à joindre les deux bouts. Il lui fallait, avec deux cents francs par mois que lui donne l’Opéra, avoir chevaux et voitures, un petit hôtel, table ouverte pour les amis, et être, des pieds à la tête, une des plus élégantes petites poupées de Paris.
Deux cents francs pour tout cela, ce n’est guère, et, dans des conditions pareilles, une danseuse elle-même arrive à ne plus savoir sur quel pied danser.
Ou plutôt si, elle ne le sait que trop, et plus d’une, en des cas analogues, a mal tourné. On en cite, au foyer de la danse, dont l’inconduite paraît malheureusement certaine, et dont les écarts ne sont pas exclusivement chorégraphiques. Il n’en faut louer que davantage celles qui, comme Mlle Cléo de Mérode, n’entendent vivre que de leur travail et qui ne veulent demander qu’à l’art les ressources nécessaires à l’existence.
Notre aimable ballerine aura, en Amérique, quarante-cinq mille francs par mois.
Avec un peu d’ordre, sa mère et elle pourront donc vivre très convenablement. À Paris, cela ne leur eût pas été possible ; le talent y est pourtant tout aussi apprécié qu’en Amérique, mais il y est moins rémunéré. Mlle Cléo de Mérode est très estimée à l’Opéra, mais il se serait passé encore quelques années avant qu’elle eût ses quarante-cinq mille francs par mois. Que faire alors ? Imiter les petites camarades, glisser sur la mauvaise pente ? Mlle Cléo de Mérode qui, heureusement pour elle, a encore sa mère, ne l’a pas voulu et, très courageusement, elle part pour l’Amérique. Il faut l’en féliciter. A Paris, à la longue, elle eût fini par succomber !
E.
Le Figaro — 18 juillet 1897










