
Elle s’embarquera le mois prochain pour l’Amérique Partira-t-elle du Havre ou d’un port d’Angleterre ? La jeune étoile ne le sait pas encore.
Toujours est-il que, le 5 septembre, elle doit paraître pour la première fois devant le public de New-York.
Un engagement très brillant la lié à MM. les directeurs Koster et Bial. On vient de composer pour elle un ballet, dont elle attend impatiemment le scénario et la musique pour travailler ses pas et ses variations avant le départ. Actuellement elle n’en connaît même pas le sujet.
Une question délicate reste à régler, celle de son congé. Ce congé, elle ne l’a pas encore officiellement demandé, mais tout porte à croire que MM. Bertrand et Gailhard ne se montreront pas intraitables.
Mlle Cléo de Mérode est encore pensionnaire de l’Opéra jusqu’à la fin de 1897. En droit strict, elle ne peut partir sans l’autorisation de ses directeurs.
Peut-être pourrait-on discuter la validité d’un engagement signé pendant sa minorité, tandis que la signature donnée aux directeurs américains est incontestablement valable. Voilà bientôt deux ans que Cléo est majeure, les sceptiques n’ont qu’à s’en assurer dans une mairie de Paris, voisine du Panthéon.
Elle est engagée à raison de quarante-cinq mille francs pour un mois, tandis qu’elle touche deux cents francs mensuellement comme sujet à l’Opéra. Il lui faudrait donc presque vingt ans de ses appointements actuels pour gagner ce qu’on lui donne de l’autre, côté de l’Atlantique pendant un seul mois.
C’est ainsi que la professionnelle beauté s’est laissé tenter.
Il est d’ailleurs stipulé dans le traité qu’elle peut à son gré renouveler l’engagement pour un mois de plus aux mêmes conditions.
Dans tous les cas l’absence ne se prolongera pas au delà de l’automne. Et si MM. Bertrand et Gaillard y consentent, nous reverrons Mlle Cléo de Mérode à l’Opéra cet hiver. Les récents examens de danse ont, en effet, permis de constater ses progrès dans l’art chorégraphique, et l’ont mise en très bon rang parmi les sujets.
Le passage à bord du paquebot est payé pour elle et deux personnes. Elle emmène naturellement sa mère. Sauf contre ordre, Toto, son chien favori, sera du voyage.
Le Figaro — 17 juillet 1897










