
Nous savions déjà que c’est surtout hors du théâtre que les petites actrices jouent le rôle d’utilités : notre excellent confrère l’Écho de Paris, vient une seconde fois de mettre cette vérité dans tout son lustre.
La fête sportive donnée par lui cette semaine, et qui attira au bois de Boulogne toutes les élégances parisiennes, n’aura pas été seulement une des plus jolies de la saison : elle marquera dans notre souvenir une date inoubliable.
Nul n’ignore que nos actrices sont des cyclistes merveilleuses, presque par nécessité de métier : la bicyclette est devenue un accessoire indispensable des comédies modernes. Est-ce l’habitude de mener grand train qui donne à nos comédiennes une telle vitesse sur le « cheval d’acier » ? Est-ce à force de faire du pied à leurs voisins de table, dans les soupers de centième, ou dans les autres, qu’elles arrivent à pédaler avec vigueur ? Je ne me charge point de résoudre ces problèmes obstrués : mais il est notoire que celles-là mêmes qui dans la vie ne savent pas se conduire, ne prennent jamais sur piste une mauvaise direction ; heureuses si le développement de leur intelligence était en rapport avec celui de leurs machines !
Les courses de bicyclettes et de tandems, pour être fort intéressantes, ne nous ont donc rien appris de nouveau.
Mais la gloire impérissable de l’Écho de Paris sera d’avoir, en instituant une course de motocycles, baptisé (au pétrole) et révélé à l’admiration publique les demoiselles du championnat —e.
On hésita longtemps à organiser cette épreuve : on craignait le ridicule : les jeunes artistes ne manqueraient-elles pas do grâce, accroupies sur leurs petits fourneaux ? Et l’on redoutait les accidents étant donnée l’allure qu’elles devaient prendre, on ne pourrait les suivre, — ce qui les troublerait évidemment dans leurs habitudes ; nul moyen d’empêcher des chutes dangereuses que le capiton de la nature ne suffirait pas à amortir !
Heureusement Mlle Couësdon annonça une grande catastrophe ; le comité fut immédiatement convaincu qu’aucun accident n’attristerait la fête.
Et, en effet, tout se passa bien. Personne ne manqua son entrée ; le soleil avait adroitement réglé les effets de lumière ; la mise en selle était parfaite, et, au signal du départ : « Allume ! allume ! », les chauffeuses intrépides se mirent en route. Une fois lancées, rien ne les arrêta ! Nulle faiblesse, pas d’absence ! Le vent n’a pas eu à souffler ; et les moteurs marchèrent comme les vieux abonnés de l’Opéra !
Le motocycle a maintenant sa place dans le monde des théâtres : et l’existence sourit aux jeunes artistes devenues les chauffeuses.
Celles qui ne trouveront point de scène où se produire, auront la grand-route pour faire leur chemin.
Leur machine leur fournira, faute de protecteur sérieux, le piston indispensable à leur avancement.
Enfin elles pourront acquérir, grâce au motocycle, les qualités qui leur manquent le plus au théâtre, la chaleur et le mouvement : en brûlant les étapes, elles apprendront peut-être mettre le feu aux planches, — à moins que, par un sorte contraire, les chauffeuses ne soient destinées à chauffer les fours de MM. leurs directeurs.
G. Timmory.
Le Soir — 15 juin 1897










