Le congrès national de l’assistance publique — Discours du ministre — Les questions sociales urgentes.
Rouen, 14 juin. D’un correspondant. M. Barthou, ministre de l’Intérieur, accompagné par M. Georges Lamiraux, son secrétaire particulier, et par M. Rondel, inspecteur du service de l’assistance gratuite, est arrivé à midi. Il a été reçu sur le quai de la gare par le préfet, M. Hendlé ; par le maire, M. Laurent, et les membres du bureau du congrès national de l’assistance publique, qu’il est venu présider.
Sur sa demande, les honneurs militaires ne lui ont pas été rendus, et la réception s’est faite avec la plus grande simplicité elle s’est bornée aux présentations.

M. Barthou a été salué, en sortant de la gare et rue Jeanne-d’Arc, par les cris de « Vive la République, Vive le ministre ! » Il s’est aussitôt rendu à la préfecture, où un déjeuner de quarante-cinq couverts lui a été offert par le préfet et Mme Hendlé.
À deux heures, le ministre s’est dirigé vers l’Hôtel de ville, où il a présidé la séance solennelle d’ouverture du congrès. M. Laurent, maire de Rouen, a prononcé un discours dans lequel il a résumé les travaux des congrès qui ont précédé. Il a terminé ainsi :
« La présence ici de l’éminent ministre de l’Intérieur démontre que le gouvernement suit avec un puissant intérêt les travaux d’hommes aussi compétents que dévoués, de façon à y puiser les éléments dont le Parlement peut avoir besoin pour l’élaboration d’articles de lois nouvelles ou modificatrices des lois anciennes. »
M. Barthou a pris ensuite la parole. Dans la première partie de son remarquable discours, il a exposé la méthode suivant laquelle les questions d’assistance, si multiples et si complexes, devaient être traitées.
Idée directrice.
Il existe entre elles, a-t-il dit, un lien étroit, une idée commune et directrice, et c’est ce lien et cette idée que vous devez vous efforcer de mettre en lumière. Vous le pouvez, car vous avez le bonheur d’être une de ces assemblées dans lesquelles on sait rester fidèle aux ordres du jour qu’on s’est fixés à l’avance. Je suis certain que le Gouvernement et le Parlement s’inspireront avec fruit de vos travaux pour résoudre les problèmes d’assistance auxquels ils s’attachent avec une conviction d’autant plus profonde que ce sont des questions urgentes, des questions dominantes et immédiates, qui s’imposent aux préoccupations des hommes et des pouvoirs publics.
Le ministre passe ensuite en revue les différentes réformes qu’il faudrait réaliser : la revision de la loi de 1838 sur les aliénés, l’organisation de l’assistance aux vieillards. Sur ce dernier point, le ministre s’exprime ainsi :
Je dis très haut, en me rendant bien compté des responsabilités que j’engage, je dis que, conformément aux vœux exprimés par le congrès international de 1889 et à la tradition constante do tous les hommes de la Révolution française, l’assistance pour les vieillards âgés de soixante-dix ans et incapables de subvenir à leurs besoins par leur travail devra devenir une obligation inscrite dans la loi à la charge de l’Etat, des départements et des communes.
Les difficultés.
M. Barthou ne se dissimule pas les difficultés financières ou les objections pratiques que soulèvent de tels problèmes :
Mais, à mesure que la République pousse des racines plus profondes dans le pays et qu’elle tend chaque jour à devenir dans son principe et dans son existence, par les manifestations éclatantes du suffrage universel, le régime incontesté devant lequel s’incline un nombre de plus en plus grand de citoyens à mesure que la République obéit moins au souci de lutter pour la vie et de défendre son existence, il faut convenir que les questions sociales relèguent au second plan les questions politiques.
M. Théophile Roussel a pris la parole pour demander l’appui du ministre en vue de l’organisation d’un congrès international en 1900.
M. Barthou a répondu très spirituellement, en provoquant les rires de l’assemblée, qu’il demandait à M. Roussel d’associer la durée de son existence personaelle à la durée de l’existence du ministère, de façon à pouvoir présider, comme ministre de l’Intérieur, le congrès international, dont M. Th. Roussel aurait la présidence effective.
Le banquet.
La soirée s’est terminée par un grand dîner de cent cinquante couverts offert par le maire de la ville de Rouen, dans la grande salle des Fêtes de l’Hôtel de ville, qu’ornent les magnifiques fresques de Paul Baudoin.
M. Laurent, maire de Rouen, a porté la santé du président de la République, dont l’éloge n’est plus à faire. « Les deux mondes lui rendent hommage, a-t-il dit, et nous serons aussi fiers qu’heureux des ovations qu’il recevra chez une nation amie. »
Le maire a porté également la santé de MM. Méline et Barthou, dont la fermeté et le dévouement sont les sûrs garants de la paix intérieure. Il a souhaité la continuation de leurs efforts pour la bonne marche des affaires et pour la gloire de la France.
M. Barthou, répondant au toast du maire, a dit qu’il sera heureux de transmettre à M. Félix Faure et à M. Méline l’expression des sentiments de la population rouennaise.
Le ministre quittera Rouen demain matin, à neuf heures et demie. Il arrivera à Paris à onze heures quinze.
Le Matin — 15 juin 1897










