Trouvant sans doute que Paris devient maintenant pour eux un champ d’opérations de plus en plus stérile, les voleurs dits « à l’américaine » se sont rabattus sur la banlieue, où ils sont toujours certains de trouver de braves gens disposés à donner tête baissé dans leurs panneaux.
Il y a quelques jours, un propriétaire de Sartrouville était escroqué d’une assez forte somme par deux individus qui, sous prétexte de lui acheter des terrains, lui avaient fait mettre dans une cassette une partie de sa fortune et avaient finalement disparu en lui laissant un coffret ne renfermant que des titres sans valeur. Le même fait s’est renouvelé, hier, à Argenteuil.
Un riche cultivateur du pays, M. Guérin, a été victime d’un vol à l’américaine perpétré avec une rare subtilité par des filous qui sont vraisemblablement ceux qui avaient opéré précédemment à Sartrouville.
M. Guérin, qui est propriétaire d’une maison et de terrains d’une grande étendue, recevait de deux personnages, dont l’un affectait de ne parler le français qu’avec un fort accent britannique, des offres d’achat de son domaine moyennant un prix qu’il jugea suffisant. Le cultivateur prit alors un rendez-vous pour conclure l’affaire avec ses deux visiteurs, qui devaient y apporter les fonds.
Exacts au rendez-vous, ceux-ci arrivèrent, hier, à Argenteuil. Ils étaient porteurs d’une petite cassette qui renfermait les billets de banque représentant le prix d’achat des propriétés de M. Guérin, soit deux cent mille francs.
Mais, au moment de terminer l’affaire, l’un des acheteurs lit surgir une légère difficulté et exprima, le désir de n’achever que le lendemain les négociations commencées.
Toutefois, pour rester bien vis-à-vis de M. Guérin, ils lui proposèrent de laisser chez lui la cassette renfermant leur argent, que, par mesure de garantie, ils enfermeraient dans son coffre-fort, dont ils emporteraient la clef. M. Guérin fut invité, en outre, à placer dans cette cassette ses propres économies, soit environ 150,000 francs.
On devine ce qui se passa. Les deux filous subtilisèrent les titres et les billets de banque de M. Guérin, et, quand celui-ci, inquiet de ne pas voir revenir ses acheteurs, eut fait ouvrir son coffre-fort et la cassette qu’il contenait, il ne trouva dans celle-ci que des valeurs qui sont couramment cotées vingt-cinq centimes le kilo au marché des « pieds humides ».
Le Matin – 14 octobre 1897










