Les journaux ont donné les itinéraires approximatifs de la cavalcade de la Mi-Carême. Tous, les quartiers de Paris, à peu d’exceptions près, figurent sur le programme des différentes journées. Néanmoins, la fête du Bœuf-Gras menace de ne pas valoir celle de l’année passée.
Carnaval se meurt, Carnaval est mort, ne cessent de répéter les Parisiens pessimistes, car Paris possède plus qu’aucune autre ville des citoyens voyant tout en noir. Cela tient sans doute à la facilité avec laquelle on se blase dans la capitale. Que de blasés de vingt ans, mon Dieu !
Mais, fort heureusement, Paris compte des jeunes gens très gais qui ne recherchent pas ce que la tradition-a de vieillot et qui ne demandent qu’à s’amuser… traditionnellement.
En 1896, on avait jugé à propos de rajeunir un, peu cette bonne tradition en infusant à l’éternel Bœuf-Gras — tout en lui gardant la reconnaissance du rire passé — le sang d’une vache maigre. Et Montmartre nous avait donné une nouvelle cavalcade, celle de la Vache Enragée, plus connue sous le nom de Vachalcade.
Cela faisait deux fêtes au lieu d’une : on venait sur le boulevard voir le char, le vrai char de la Mi-Carême, puis on courait à Montmartre voir le char de Willette. Cette concurrence entre les deux chars ne fut préjudiciable à aucun. Il y eut du public pour tout le monde.
Or, cette année, il paraît que les organisateurs de la vachalcade sont décidés à s’abstenir. Les artistes de Montmartre, dont l’initiative avait pourtant été récompensée, veulent laisser au bœuf gras le mérite de réjouir les Montmartrois et les autres Parisiens.
Cette décision n’est pas précisément pour plaire aux commerçants de la Butte.
La dernière Mi-Carême les avait rendus gourmands. Depuis longtemps, sur la vieille mamelle française on n’avait vu telle affluence. Cela « faisait marcher le commerce ».
Au point de vue pittoresque, la vachalcade constituait une bonne attraction parisienne.
L’art dans sa pleine folie, dégagé naturellement des retenues obligatoires de tout art qui va dans le monde, s’étalait en plein jour, se promenait librement à travers la capitale. L’esprit court, les rues. L’art de Willette marchait d’un pas lent, comme pour se faire admirer, sans toutefois paraître immodeste.
Et tous ceux qui ont admiré la vachalcade, qui espèrent la revoir perfectionnée, embellie, souhaitent vivement qu’elle ne soit pas supprimée à la Mi-Carême de 1897.
C’est tant au point de vue pratique qu’au point de vue artiste qu’on peut se placer pour demander :
— Une vachalcade, s. v. p.
Marcel de Bare.
La Presse — 3 février 1897










