Il y a quelques jours, un des médecins-chefs de service à l’hôpital de Clerkenwell, à Londres, remarqua, durant sa visite, qu’une des infirmières avait les doigts de la main droite tachés de nicotine, de ces taches particulières aux fumeurs de cigarettes.
Interrogée, la jeune fille répondit qu’en effet elle fumait, mais que c’était seulement en dehors de ses heures de présence dans la salle et dans sa chambre.
Le médecin observa les mains des autres infirmières et put s’assurer que la plupart fumaient la cigarette.
Il signala le fait au Conseil d’administration qui ordonna aux infirmières de renoncer immédiatement au tabac. Toutes répondirent par un refus.
L’enquête faite par le Conseil avait permis de constater qu’aucune des « nurses » ne fumait ailleurs que dans sa chambre.
En vain, les médecins objectèrent-ils que les traces de nicotine laissées sur les doigts des fumeuses pouvaient présenter des inconvénients et offrir des dangers au point de vue de la préparation des médicaments ou simplement du contact. Les infirmières protestèrent qu’aucun de ces inconvénients n’était à redouter chez des femmes obligées, par profession, à se laver les mains, vingt ou trente fois par jour, dans de l’eau phéniquée.
Menacées de révocation, si elles persistaient à fumer, les « nurses » de Clerkenwell ont donné leur démission. Et, dans les autres hôpitaux de Londres, ces demoiselles, parmi lesquelles il est aussi beaucoup de fumeuses, ont organisé la résistance.
C’est la révolution qui s’annonce… Les droits de… la femme, en attendant la Terreur.
Les annales politiques et littéraires — 14 novembre 1897










