La Sûreté vient de déjouer les combinaisons ingénieuses d’un sieur Prosper Guiblot, âgé de trente-huit ans, qui avait résolu de réaliser de gros bénéfices au détriment de M. Vhendairoffer, bookmaker.
Voici comment notre homme s’y prenait pour parier dans des courses dont il connaissait le résultat.
M. Vhendairoffer recevait dans un café les ordres de paris que ses clients lui adressaient par la poste. La seule condition qu’il exigeait, c’est que les lettres de ceux qui traitaient avec lui par correspondance, le jour même des courses, portassent le timbre postal indiquant la troisième levée, c’est-à-dire celle qui est faite de onze heures à midi.
Guidot se dit que s’il obtenait un timbre de la poste ou s’il pouvait s’assurer le concours d’employés de cette administration, et si, d’autre part, il connaissait le résultat des courses en temps opportun, il pourrait n’engager de paris que sur les chevaux gagnants.
Il alla trouver un employé de la poste nomme Tissonnier et lui conta son projet. Celui-ci, alléché par l’appât du gain promis, devint aussitôt son complice. Il lui timbrerait ses lettres avec le cachet indiquant la troisième levée, bien qu’il les présentât au bureau quand cette troisième levée était faite.
Restait la question de savoir comment il apprendrait avant trois heures et demie le résultat des courses.
Guidot installa un colombier dans un appartement situé au cinquième qu’il avait loué dans le quartier de l’Europe.
Le jour des courses, il envoyait ses pigeons à proximité du champs de courses, où un compère leur mettait sous l’aile le résultat des courses effectuées avant trois heures et demie ; Guidot en connaissait ainsi au moins deux.

Le service fonctionnait à merveille, mais il fallait maintenant à Guidot trouver un facteur, qui fut son complice et qui apportât les lettres à domicile du bookmaker.
Il n’hésita pas longtemps et courut trouver un employé du bureau distributeur. L’employé l’écouta avec complaisance, et l’aventurier tenta de commencer le lendemain la série de ses dupes. Il envoya ce jour-là ses pigeons à Longchamps : une heure après, il connaissait le résultat des deux courses.
Guidot écrivit aussitôt au bookmaker, et Tissonnier apposa son timbre. Guidot courut ensuite au bureau distributeur, mais il y rencontra M. Cochefert, qui le mit en état d’arrestation ainsi que Tissonnier.
Le second employé les avait dénoncés à son administration. Si le stratagème de l’aventurier avait réussi, il gagnait ce jour-là quinze mille francs. Le résultat le plus inattendu a été pour le book- maker, qui, tout en se montrant heureux d’avoir échappé à Guidot, ne se console pas de savoir qu’il va être poursuivi comme tenancier d’agence clandestine de paris.
Le Gaulois — 2 juin 1897










