Il y a huit jours, nous racontions ici même le triste naufrage du brick le Vaillant, coulé par la banquise, dans les parages de Terre-Neuve : soixante-deux hommes ont trouvé la mort dans ce sinistre ; quant aux huit marins sauvés du désastre, ils sont dans un état lamentable, puisqu’on a dû leur faire l’amputation de leurs membres gelés.
Ce n’est pas, hélas ! le seul naufrage qu’il nous faille signaler depuis que notre flottille de la grande pêche est partie pour affronter les rudes mers du Nord, c’est-à-dire depuis deux mois.
Une goélette, la Mésange, s’est aussi perdue ; le navire-hôpital le Saint-Pierre, envoyé en Islande par les Œuvres de mer, s’est jeté à la côte dans une tempête, sur la rade de Reikiavik. Et à l’heure actuelle on compte déjà, sur notre flottille, 123 marins ou pêcheurs victimes de la mer !
Mais la tempête n’a pas été cruelle seulement pour ceux qui pratiquent la grande pêche. Sur nos propres côtes, il y a trois mois à peine, de vraies catastrophes sont survenues semant le deuil et la désolation parmi les familles de marins.
C’est ainsi que la petite île de Groix a perdu en quelques jours, presque d’un seul coup, 61 pêcheurs, qui laissent sans ressources 21 veuves et 41 orphelins.
Dans d’autres ports de pêche, les morts ont été nombreuses et les femmes et les enfants demeurés sans soutien y forment un long cortège.
La misère et l’affliction sont donc grandes sur nos côtes de la Manche et de l’Océan. Et Paris, qui vient d’être si violemment ému par une catastrophe récente, doit encore avoir quelque compassion pour les familles désolées de ces braves gens qui sont morts au loin, sur leurs barques de pêche, en plein combat pour la vie.
Il y a là pour la charité et pour la solidarité humaines une nouvelle occasion de s’exercer. Et certes nous n’aurions pas hésité à faire appel à la générosité de nos lecteurs s’ils ne venaient précisément de nous apporter, on sait avec quel élan ! leurs généreuses offrandes. Mais si nous ne pouvons, sans risquer d’être indiscrets, ouvrir nos colonnes à une souscription pour venir en aide aux familles de ces marins, nous devons cependant indiquer les moyens qu’ont nos lecteurs de soulager de si grandes infortunes.
C’est ainsi que nous leur faisons savoir qu’une soirée dramatique et littéraire vient d’être organisée, avec le concours de dames du monde, par la Société de l’Enseignement des pêches maritimes, sous le patronage du ministre de la Marine.
Cette soirée aura lieu le jeudi 3 juin dans l’hôtel des Ingénieurs civils de France, rue Blanche. Mme Félix Faure a promis d’y assister, ainsi que plusieurs ministres. La représentation officielle sera précédée, le 1er juin, d’une répétition générale à laquelle le public sera admis. On trouve des billets pour ces deux soirées au siège de la Société de l’Enseignement des pêches, 25, quai Saint-Michel, chez les principaux éditeurs de musique et dans les agences de théâtre.
Le programme comporte l’Épreuve, de Marivaux ; Rosmrrsholm, d’Ibsen, et le 1er acte de Tristan et Iseult.
Marc Landry.
Le Figaro — 31 mai 1897










