(Note d’un Parisien)
Nous nous reconnaissons déjà très inférieurs aux Anglo-Saxons. Mais que dirons-nous, hélas si nous nous comparons aux Américains ?
Le dernier trait de ce peuple admirable, tel qu’il nous est rapporté par un journal de New-York, est non seulement humiliant pour nous, mais aussi pour la vieille Europe. Écoutez-moi cela, camarades, et reconnaissez, loyalement, que nous ne sommes pas de force.
Un riche négociant américain, M. Hugh Gallargher, était dernièrement cité en justice pour contravention à la loi qui interdit aux boutiquiers d’encombrer les trottoirs.
Le jour où l’affaire fut appelée, ses nombreuses occupations empêchèrent le négociant de répondre à la convocation du recorder, qui est le juge de paix de là-bas.
Mais M. Hugh Gallargher a chez lui le téléphone, et il demanda la communication avec le juge
— Allô, allô ! Monsieur le recorder ?
— C’est moi qu’y a-t-il ?
— Je suis M. Gallargher. Impossible de venir à l’audience. Surchargé de besogne. Je me reconnais coupable.
— Parfait ! C’est dix dollars d’amende.
— All right monsieur le recorder, je vous les envoie immédiatement par un de mes commis.
— Good bye !
— Good bye !
Et voilà une affaire terminée ! Chez nous, un négociant qui, dans un cas pareil, aurait voulu se servir du téléphone aurait d’abord été condamné pour outrage à la magistrature. Par surcroît, il aurait eu le temps d’aller en appel avant d’obtenir la communication !
E.
Le Figaro — 19 juin 1897










