La science ne peut pas toujours répondre un « parce que » à un « pourquoi » formulé sur un fait spécial.
C’est le cas pour la question relative aux pointes par lesquelles se terminent, dans le sud, l’Amérique, l’Afrique, l’Asie avec l’Australie.
Facile à constater, cette particularité de la forme des continents se rattache à un ensemble de phénomènes cosmiques obscurs, complexes, et qui ont eu leur origine dans la genèse même du globe.
Le célèbre philosophe anglais François Bacon de Verulam, qui vivait de 1560 à 1626, fut le premier, dit-on, à relever certaines similitudes entre les contours des continents ; il signalait notamment, dans son Novum Organum, le fait que les continents, étalés en longitude du côté du nord, allaient s’effilant à leur extrémité méridionale.
Plus tard, J.-R. Forster, le savant compagnon du capitaine Cook, fit la même remarque, et nous la recommandons à l’attention du lecteur.
Bacon avait simplement ajouté à son observation que les analogies de forme des continents ne devaient pas être attribuées à un simple accident, à une coïncidence fortuite.
Forster va plus loin, il cherche à expliquer et, sans toutefois être affirmatif, il attribue l’appointissement austral des continents à un violent déluge venant du sud-ouest ; du même coup ce déluge aurait déterminé les grandes échancrures qui entaillent l’Amérique du Sud à la hauteur d’Arica, l’Afrique au golfe de Guinée, l’Asie au golfe Arabique, l’Australie au golfe de Nuyts ou grand golfe australien.
Le célèbre voyageur russe Pallas partagea les vues de Forster ; selon lui, le même cataclysme aurait creusé les golfes profonds qui découpent le sud de l’Asie. D’après cette hypothèse, les terres septentrionales des continents seraient formées en partie d’éléments apportés des régions australes par le bouleversement qu’indique Forster.
Quant aux ruptures d’équilibre qui ont amené ce bouleversement, les causes en sont ignorées malgré des théories ingénieuses, savantes comme celles d’Adhémar, de Boucheparn, du docteur Jules Carret, etc.
Depuis que la géologie est sortie du domaine de l’empirisme. Elle a constaté sur la formation des montagnes et la composition du sol, des faits précis qui infirment l’hypothèse du déluge austral.
En réalité, dans l’état actuel de la science, on ne peut assigner une cause précise à la forme en pointe des extrémités continentales.
L’hypothèse la plus récente, la plus admissible qui ait été faite à ce sujet, est celle de M. William Lowthian Green, ancien ministre des affaires étrangères du royaume de Hawaï.
D’après Elie de Beaumont, les traits géographiques essentiels du globe se trouvent coïncider avec les lignes d’un réseau qui diviserait le globe en douze pentagones symétriques, analogues aux facettes d’un cristal. Reprenant cette idée avec certaines modifications, M. W. Lowthian Green a supposé que la croûte du globe présente, dans ses lignes générales, la forme d’un solide géométrique dont les faces seraient plongées sous les océans et dont les arêtes seraient les masses continentales émergées.

Les pointes australes des continents seraient déterminées par le « plongement » oblique des arêtes convergeant vers la pointe du solide située au pôle sud. En plongeant obliquement dans l’eau l’une des extrémités d’une carte légèrement pliée, on voit, en effet, la ligne d’affleurement de l’eau, les rivages, former un V plus ou moins ouvert suivant l’obliquité d’immersion ou l’angle du pli de la carte. M. W. Lowthian Green déduit même de sa théorie qu’en leur point de rencontre au pôle, les arêtes de la pyramide doivent faire saillie et déterminer ainsi une terre australe.
C’est tout justement par l’étude de la question des pointes continentales que M. W. Lowthian Green a trouvé la théorie dont nous n’avons donné qu’un aperçu très sommaire, mais dont l’auteur a tiré diverses conclusions d’un véritable intérêt pour la physique du globe.
Cette théorie, qui a fait le sujet d’un ouvrage spécial intitulé Vestiges of a molten globe (Vestiges d’un monde en fusion), a été nettement résumée par M. de Lapparent dans son beau traité de géologie.
C. Maunoir,
Secrétaire général de la Société de géographie de Paris
Magasin Pittoresque – 1888










