Le Président de la République a signé hier matin un décret supprimant le traitement de Mgr Bonnet, évêque de Viviers, conformément à une décision prise la veille par le Conseil des ministres, sur la proposition de M. Darlan, ministre des Cultes.
Dans son mandement de Carême sur la Famille, l’évêque de Viviers est allé jusqu’à traiter de « parodie » le mariage civil qui précède en France, depuis la Révolution, le mariage religieux.
Mgr Bonnet a interdit aux curés de son diocèse de se soumettre à la nouvelle réglementation des fabriques parce qu’il trouve « déshonorant » pour le clergé le contrôle de l’État dans l’administration des biens de l’Église.
Enfin, il vient de déclarer, par l’organe de sa Semaine religieuse, que nul ne pouvait, sans encourir l’excommunication, se rendre acquéreur des propriétés congréganistes vendues par autorité de justice pour couvrir le fisc des droits d’accroissement ou d’abonnement qu’un grand nombre de communautés refusent toujours de payer.
Ce sont ces faits qui ont provoqué la mesure de rigueur dont Mgr Bonnet vient d’être l’objet.
Elle ne le surprendra nullement et ne lui causera qu’un chagrin relatif.
L’évêque de Viviers s’entraîne en effet depuis vingt et un ans à ce genre de disgrâces. Deux fois, en 1883 et en 1892, il a été condamné comme d’abus par le Conseil d’État, et la seconde de ces condamnations entraîna la suppression de son traitement, qui lui fut d’ailleurs restitué quelque temps après.
Le Figaro — 1er avril 1897










