
M. Albert Vandal, que l’Académie française va recevoir jeudi prochain, ne jouit pas dans le public d’une très grande notoriété. Son nom, cependant, n’est point inconnu de ses ainés : au bas de combien d’affiches administratives ne vit-on pas figurer, sous le second empire, la signature du directeur général des Postes, père du futur immortel ?
Né en 1853, M. Albert Vandal entra d’abord au conseil d’État, en qualité d’auditeur ; mais une vocation que rien ne contrariait le portait vers les belles-lettres et plus particulièrement, vers les études historiques. Il abandonna donc pour s’y consacrer entièrement, une carrière toute tracée, mais bornée aux horizons gris du fonctionnarisme. Il débutait précocement en 1875, à l’âge de vingt-deux ans, par un volume d’essai : En Carriole à travers la Suède et la Norvège, simples notes d’excursionniste, rédigées d’une plume alerte, puis il secouait la poussière du voyage pour affronter désormais celle des documents, d’où il tira successivement plusieurs ouvrages remarqués des érudits et des lettrés. Son dernier ouvrage, une étude sur Napoléon 1er et Alexandre 1er, l’Alliance russe sous le premier Empire, a achevé de lui gagner les faveurs de l’Académie, qui, après lui avoir décerné le grand prix Gobert, n’a pas tardé à lui ouvrir ses portes. S’étant présenté sous le patronage influent de MM. de Broglie et d’Haussonville, pour le fauteuil vacant de Léon Say, il était élu, le 10 décembre 1896, — il y a un an, — par 24 voix, au premier tour de scrutin. Victoire sans péril peut-être, mais non sans gloire.
Le nouvel académicien est un homme de haute taille, mince, de manières distinguées. Malgré son bagage déjà respectable d’historien bien informé et soucieux de la forme, son admission à l’immortalité a pu paraitre prématurée à quelques-uns ; mais s’il a aujourd’hui le privilège enviable d’être jeune encore — et le plus jeune des membres de la docte compagnie, — il ne saurait, grâce à sa longue fréquentation des salons littéraires, y être ni déplacé, ni dépaysé.
E. F.
L’Illustration — 17 décembre 1897










