Voici à nouveau les garçons de café partis en guerre pour obtenir le droit au port de la barbe, ce plus bel ornement du sexe fort.
L’aube de 1897 devait être, pour la corporation, l’heure de la délivrance, et l’époque des étrennes passée les garçons entendaient laisser croître à leur guise barbe et moustache.
Hélas ! ils ne touchent pas encore au terme de leur désir !
En 1891, on s’en souvient encore, un premier mouvement de révolte se produisit. Il y eut de nombreuses réunions dont une présidée par M. Marguery, président du syndicat de l’alimentation, et le restaurateur promit son dévoué concours aux garçons de café.
Dès lors, ils crurent avoir cause gagnée et trop tôt chantèrent victoire. Des clients réclamèrent le retour aux anciens usages, ne pouvant se faire à l’idée de voir leur chateaubriand servi par des visages barbus ; des défections se produisirent, et les vingt mille garçons de café de Paris durent, à leur grand désespoir, raser leur moustache naissante.
L’opposition des grands cafés et des grands restaurants n’a pas voulu jusqu’à présent se laisser fléchir.
Et savez-vous quel est le motif de cette opiniâtre résistance ?
C’est M. Marguery lui-même qui va nous la donner :
— Les garçons, fait remarquer l’inventeur de la fameuse sole Sarcey, ont l’habitude de goûter aux plats qu’ils servent aux clients. Lorsqu’ils sont fraîchement rasés, ils peuvent prestement s’essuyer la bouche d’un revers de main, tandis qu’avec une barbe de sapeur ou une luxuriante moustache, il est à craindre que des traces accusatrices ne viennent révéler au client l’indiscrétion commise.
Cette explication en vaut bien une autre ; elle a, dans tous les cas, l’avantage de rassurer le client contre toute tentative d’empoisonnement.
La galerie suivra avec intérêt la lutte qui vient de s’engager entre garçons et patrons, mais serait beaucoup plus disposée, croyons-nous, à donner son approbation à une autre réforme : la suppression du pourboire.
Les Annales Politiques et Littéraires —
24 janvier 1897










