Nous sommes au moment où les Parisiens fatigués, énervés par les exigences de l’hiver : bals, soirées, dîners, théâtre, etc. retrempent leurs forces dans les eaux de l’océan et respirent l’air vivifiant des côtes normandes et bretonnes.
La meilleure saison, en effet, pour aller aux bains de mer s’étend en général du 15 juillet au 15 septembre ; passé cette époque, il est imprudent de se baigner, l’eau est trop froide, et la température trop irrégulière.
La composition des eaux de mer est bien différente de celles des eaux courantes ordinaires. Elles contiennent, en effet, en dissolution des sels nombreux et de matières spéciale qui en font un puissant modificateur.
Les principaux sels que l’on y rencontre sont le chlorure de sodium qui lui donne son goût salé, le chlorure de magnésium qui lui donne son goût d’amertume puis le chlorure de calcium, des sulfates de soude et de magnésie, du carbonate de chaux, et, selon les endroits, des quantités variables d’iodure et de bromure de sodium et de magnésium, substances irritantes qui produisent souvent après le bain de la cuisson, de la démangeaison et une légère éruption.
La salure de la mer n’est pas la même dans toutes les contrées, elle diminue à, mesure que l’on approche des régions polaires, et l’océan Atlantique est plus salé que l’océan Pacifique.
Les bains de mer appartiennent à la catégorie des bains très froids. Ils sont toujours à une température moins élevée que celle des bains de rivière, et amènent en raison de cela des effets physiologiques plus rapides.
Les vagues en produisant un va et vient sur tout le corps déterminent une espèce de massage qui n’est pas sans utilité en produisant une stimulation cutanée plus ou moins active ; les sels tenus en dissolution et en partie absorbés par la peau ne sont pas sans jouer aussi un rôle important au point de vue thérapeutique.
La durée du bain sera très variable et dépend beaucoup de la constitution et de l’impressionnabilité du sujet. Chez quelques-uns, en effet, la réaction se fait avec énergie et promptitude ; d’autres, au contraire, restent pâles, glacés, grelottants et ont besoin, pour rétablir la circulation, pour se réchauffer, d’une marche rapide, de frictions, etc. ; aussi, la durée variera-t-elle depuis la simple immersion jusqu’à vingt ou vingt-cinq minutes.
Un bain, pour être salutaire, ne doit pas excéder un quart d’heure, et encore faut-il y arriver progressivement. Ainsi, en arrivant sur le littoral, il est prudent de ne se baigner que deux ou trois jours après son arrivée, afin de s’être un peu acclimaté à l’atmosphère maritime ; on remplace alors le bain par des promenades sur la plage, sur les rochers ; le troisième jour, on commence les bains ; on n’y restera pas plus de trois à cinq minutes maximum, pour augmenter chaque jour de une à deux minutes, jusqu’à ce que l’on ait atteint la limite d’un quart d’heure, qu’il ne faut jamais dépasser en bonne hygiène.
On ne doit prendre qu’un seul bain dans la journée, de préférence le matin, entre huit et onze heures, à la marée montante, autant que faire se peut.
Une bonne pratique au sortir du bain est de prendre un bain de pieds chaud, de faire une promenade un peu rapide et de prendre une boisson légèrement réconfortante.
Le Figaro — 12 juillet 1897










