Un terrible drame de la misère s’est déroulé hier, 37, rue d’Angoulême.
A cette adresse habitaient M. Jules Fourneau, âgé de quarante-sept ans, garçon coiffeur, et sa belle-mère, Mme veuve Astier, âgée de soixante-onze ans.
Le gendre et la belle-mère étaient venus habiter rue d’Angoulême à la suite du décès de Mme Fourneau.
Il y a quelque temps, Mme veuve Astier tombait gravement malade et se trouvait dans l’impossibilité de travailler.
Peu après, le garçon coiffeur perdait son emploi et ne parvenait pas à trouver une nouvelle place.
Bref, ces jours derniers, les deux malheureux ne pouvaient payer leur terme et se trouvaient sans un sou pour vivre. Ils résolurent alors de se tuer.
Le 13 courant, ils s’enfermaient dans leur chambre, dînaient confortablement, puis absorbaient de l’acide sulfurique mélangé à une infusion de camomille. Ils fixaient ensuite une corde aux triangles des rideaux de deux fenêtres se faisant vis-à-vis, et se pendaient.
Hier après-midi, les voisins, ne les voyant pas sortir, prévinrent M. Daltroff, commissaire de police, qui fit ouvrir la porte par un serrurier et trouva les deux cadavres pendus en face l’un de l’autre, dans un état de décomposition déjà avancé.
Fourneau et la veuve Astier avaient écrit avant de mourir, un billet dans lequel ils déclaraient qu’ils se suicidaient pour échapper à la terrible misère qui les étreignait.
Le Matin — 17 avril 1897










