Le grand problème serait résolu — Est-ce une mystification ?
Les Américains sont-ils en train de nous monter un de ces énormes « bateaux » que ces mystificateurs par excellence prennent plaisir à lancer de temps à autre ? Le bateau, cette fois, serait de taille, et aérien, pardessus le marché.
Il n’est plus question, en effet, aux États-Unis, que d’une immense aéronef qui traverserait les airs dans toute la largeur du continent américain. C’est à qui l’aurait aperçu, à telle enseigne que les journaux ne craignent pas de publier une carte de son parcours.
À Greenbourg, dans l’État d’Indiana, le professeur Keely aurait pu observer la machine volante au télescope. Elle se composerait d’un appareil de soixante pieds de long, complété par un ballon d’un diamètre de cinquante pieds ; à trente pieds au-dessous de l’aéronef pendait une sorte de nacelle en forme de cigare, à l’intérieur de laquelle l’observateur aurait distingué un homme barbu d’environ cinquante ans et un jeune, homme.
Hier, on annonçait que la machine avait fait explosion dans les airs, au-dessus d’une localité du Michigan. Aujourd’hui, on tient la nouvelle pour fausse, puisqu’elle aurait été vue depuis, dans la journée du 13, dans le Wisconsin et l’Indiana.
Il y a mieux si l’on en croit une dépêche d’Appleton, une lettre attachée à un poids en fer aurait été ramassée près de cette localité. D’après le New York Herald elle est ainsi conçue :
« À bord de l’aéronef Pégase,
9 avril 1897.
» Le problème de la navigation aérienne est résolu. Ceux qui écrivent cette lettre ont passé tout le mois dernier à croiser dans les airs à bord du Pégase et ont démontré de toute évidence que leur invention eut un succès complet.
» Nous avons pu atteindre une vitesse de 250 kilomètres à l’heure, et une altitude de 2,5000 pieds au-dessus du niveau de la mer.
» Le Pégase a été construit dans un lieu isolé, à seize kilomètres de Lafayette (Tennessee). Les diverses pièces de la machine y ont été apportées de Glasgow (Kentucky). Dans un mois, notre demande de brevets pour une aéronef à plans parallèles sera télégraphiée simultanément à Washington et dans les capitales européennes.
» L’appareil est mû par la vapeur, éclairé par l’électricité et peut porter jusqu’à 500 kilos. »
Ce document (?) ne porte malheureusement pas de signature.
Il y a même, aux États-Unis, des gens qui continuent à se montrer encore sceptiques à l’égard de la prodigieuse invention. De ce nombre est le professeur Willis Moore, chef du bureau météorologique de Washington.
Il a déclaré à un correspondant du Journal de New-York qu’il n’avait reçu aucune information de l’observatoire de Kansas City où l’aéronef aurait été prétendument aperçue.
Il croit qu’il s’agit peut-être de quelque gigantesque farce comme celle qu’imaginèrent, il y a quelque temps, des mauvais plaisants de San-Francisco, qui lancèrent des ballons auxquels étaient attachés des produits chimiques lumineux.
Le Matin — 17 avril 1897










