On nous annonce des changements assez considérables dans la composition du corps de ballet.
Ces demoiselles les commentent, en ce moment avec beaucoup d’animation au foyer de la Danse. La raison qu’on en donne, c’est qu’il faut, pour l’Opéra comme pour notre armée, rajeunir les cadres ; mais ce n’est là qu’un prétexte, car parmi les danseuses congédiées, quelques-unes sont jeunes, et parmi celles que l’on garde ou qui rentrent, quelques-unes ne sont plus.
Pourquoi ne pas dire tout simplement que la direction a des motifs personnels d’agir ainsi ? Puis, il y a aussi, en dehors d’elle, les abonnés dont les préférences et les antipathies sont assurément pour beaucoup dans les décisions de l’Administration, qui s’en inspire toujours plus ou moins.
On a congédié Mlle Morlay parce qu’elle avait, paraît-il, le tort d’arborer des costumes d’un éclat tout à fait insuffisant. Voici déjà quelque temps que l’on était décidé à sévir, mais on avait patienté dans la crainte de froisser M. Bernheim dont l’influence et la haute situation valent bien quelques égards.
C’est même à cause de cette précieuse sympathie que les camarades de Mlle Morlay, à tort ou à raison, s’imaginent que son congé ne saurait être définitif, et que la gracieuse artiste sera réintégrée, à l’Opéra, où son absence serait regrettée d’ailleurs.
Mlle Mante avait quitté l’Académie nationale pour se marier ; la comparaison qu’elle a faite des deux foyers, celui de la Danse et celui de la Famille, n’a pas été sans doute à l’avantage de ce dernier, car elle a obtenu le divorce, et elle ne demande plus qu’à reprendre la vie artistique pour laquelle elle se juge mieux faite.
Quant à Mlle Régnier, il n’est pas tout à fait exact de dire qu’elle quitte l’Opéra, car elle l’a déjà quitté il y a trois mois, pour se marier Elle épousait un coiffeur et le Figaro possesseur de cette frétillante Suzanne, a exigé qu’elle abandonnât les planches pour le comptoir derrière lequel, très avenante et décorative, elle trône désormais.
Mlle Carré nous est rendue, ainsi que l’annonçait un de nos confrères du matin.
Maintenant laquelle de ces demoiselles va devenir une des déesses de la chorégraphie ? Mlle Zambelli est grande et jolie ; elle a doublé non sans talent Mlle Rosita Mauri dans la Maladella. Mais les connaisseurs ne la trouvent pas encore assez rompue aux difficultés de son frivole et pénible métier ; elle n’a pas aux talons ces ailes de la fantaisie qui transportaient Fanny Elssler et la Taglioni jusqu’au ciel des frises.
Reste Mlle Hirsch, une talentueuse celle-là, et une travailleuse, s’il en est dans le monde où l’on danse. Il manque peut-être à son visage un peu de cette grâce délicate qui brillait sur les traits charmants de Camargo et de Grisi, mais ses jambes sont si éloquentes et si prestigieuses.
P. Royer.
Gil Blas — 11 octobre 1897










