La locomotion, qui subit, depuis quelques années, les transformations les plus imprévues, nous ménage chaque jour une nouvelle surprise. Après la bicyclette, après les automobiles, voici maintenant que les enfants prennent leur part à cette évolution scientifique, car nos ingénieurs, toujours à la recherche du progrès et du confortable, viennent de bouleverser les systèmes jusqu’ici employés pour le transport de ces frêles mais intéressantes créatures, en mettant au monde un nouveau véhicule : la Voiture articulée.

De tout temps, les médecins ont, avec raison, protesté contre l’incommode, lourde et encombrante voiture actuellement en usage. N’encaissez pas l’enfant, disaient-ils ; pas de voitures à coussins ! le bébé s’échauffe dans ce réduit étroit où les fonctions respiratoires de la peau ne peuvent s’opérer. Pas davantage de charrette anglaise, ce véhicule est trop cahoteux. Que MM. les médecins, que les mères se rassurent ! leurs vœux sont exaucés.
Aujourd’hui la voiture d’enfant est devenue un véritable jouet, s’ouvrant, se fermant à volonté comme un parapluie.
L’« Articulée » est une merveille mécanique par sa simplicité et son extrême solidité. Sa construction en métal recouvert d’une sangle riche, de couleurs variées et charmantes, en fait un véhicule essentiellement hygiénique, si gracieux, si élégant, qu’il arrache à tous les spectateurs un cri d’admiration. Aussi les ateliers du 28, avenue de Saint-Ouen, à Paris, siège de l’« Articulée », regorgent-ils d’acheteurs qui emportent par surcroît, pour leurs parents, leurs amis, la notice que la direction de l’« Articulée » envoie, du reste, gratuitement à toutes les personnes qui en font la demande.
Cette intéressante invention, toute française, prendra dans notre pays la plus grande extension, car nous savons que de nombreux négociants désirent la propager et se font inscrire afin d’en obtenir le dépôt.
A l’étranger, on n’est pas moins ému ; les propositions les plus avantageuses émanent de tous les pays, et bientôt, sans doute, la voiture articulée aura fait le tour du monde.
Quelle joie pour la famille ! La mère peut maintenant gravir les étages, monter en fiacre, en chemin de fer, parcourir les magasins, sa voiture d’une main et Bébé de l’autre. Et pour justifier la popularité qui l’a accueillie, la Voiture articulée qui, fermée, est devenue si petite qu’elle a, 0 m 15 d’épaisseur, s’est mise aussi à la portée de toutes les bourses, défiant ainsi toute rivalité par la modicité de son prix, sa commodité, ses qualités hygiéniques, sa rigidité, et enfin par son élégance.
Paul Bernier.
Le Figaro — 23 mars 1897










