
M. Rodin, à qui nous sommes allé demander hier quand sortirait son œuvre qui, est achevée, mais à laquelle il travaille sans cesse avec amour, retouchant un détail, accentuant un trait de physionomie, sans changer l’attitude du penseur regardant, les bras croisés, passer la foule humaine — M. Rodin nous a dit que la statue allait être bientôt livrée au grandissement.
— Maintenant, a ajouté le maître, je travaille surtout à un bas-relief, une figure en plat que je veux placer sur le socle que prépare Frantz Jourdain ce sera une femme tenant un masque, la Comédie humaine. Dans un mois sans doute, si l’on, peut assigner des dates à l’exécution de l’œuvre d’un artiste, j’en aurai fini.
M. Rodin consacre d’ailleurs une grosse partie de son temps à l’achèvement de la porte monumentale qui lui a été commandée par les Arts décoratifs l’Enfer de Dante, se détachant sur les panneaux en figures de haut relief, un enchevêtrement de corps tordus et précipités vers un abîme et, au-dessus du cadre, traduisant par leur attitude le Lasciate ogni speranza du poète, trois hommes groupés, hurlants, terrifiants, qui vivent le désespoir.
Rodin lui-même paraît satisfait de ce groupe c’est dire ce qu’il vaut.
Le Figaro — 14 juin 1897










