Les camelots sont des gens essentiellement imaginatifs, et ils vendraient même, sous un nom pompeux, des balayures des trottoirs si la police leur en laissait la liberté.
L’un d’eux, installé à la fête de Vaugirard, avait trouvé le moyen de faire de fructueuses recettes en vendant de la « poudre à faire des grimaces ». Il expérimentait son philtre sur les gamins entourant son éventaire et, effectivement, les jeunes expérimentateurs avaient de hideuses contorsions faciale après avoir absorbé le mystérieux ingrédient dissous dans le verre d’eau que le camelot leur donnait à boire.
Hier, l’un des galopins rassemblés voulut se prêter à l’expérience. Faisant l’homme fort, il avala sans sourciller la mixture préparée par le camelot ; puis il en but un second et même un troisième verre à la grande joie de la galerie.
Tout à coup, l’imprudent s’abaissa sur le sol, en proie à de violentes douleurs d’estomac. On le releva pour le transporter à l’hôpital Necker, où des soins énergiques lui furent prodigués. On put ainsi le sauver d’une mort certaine.
Sur ces entrefaites, le camelot avait pris la fuite, abandonnant sur sa table plusieurs paquets de sa « poudre à faire des grimaces ».Ce singulier produit a été envoyé au Laboratoire municipal.
Dans la soirée, des agents ont arrêté, boulevard de Vaugirard, un autre camelot, Henri V… qui vendait également une poudre imitant celle du coco.
Ce dernier camelot a déclaré que cette poudre était de l’aloès pulvérisé qu’il achetait chez un droguiste de la rue des Lombards.
Henri V… sera poursuivi pour vente de produits pharmaceutiques sur la voie publique.
Le Matin — 13 avril 1897










