
Saint-Brieuc, 12 mai.
Le douloureux retentissement de l’effroyable catastrophe de la rue Jean-Goujon a étouffé la voix des 62 victimes du Vaillant, naufragés sur le grand Banc de Terre-Neuve.
Sur les 70 hommes du bord, 8 seulement ont été sauvés depuis un mois que le sinistre maritime a eu lieu ; les 62 autres sont donc considérés comme totalement perdus.
Nous avons pu nous procurer les noms de tous ces malheureux marins, dont la perte couvre de deuil toute la côte bretonne, de Cancale à Saint-Brieuc. Les voici par équipage :
Équipage du Vaillant. — François Pierre, capitaine, 34 ans, de Saint-Cast ; François Droguet, second, 38 ans,-de Plévenon, et les marins : Joseph Leclaire, Marie-Ange Aveline, Joseph Thibeuf, Yves Picolo, Pierre Harnois, Mathurin Miagat, Jean Nicolas, Joseph Allo, Julien Rouxel, Eugène Montfort, Louis Simon, Aristide Cochet, François Moisan, Louis Chauvel, Jean Garfantan, Jean Legrand et le mousse Célestin Dutertre. Tous sont des environs de Dinan et surtout du petit port de Saint-Jacut qui, à lui seul, compte sept victimes. François Dagorne, Jean Tellier et Auguste Gallet, de cet équipage, sont parmi les survivants.
Équipage de la goélette Décidée (passagers, à bord du Vaillant) : Joseph Domalain, patron, 33 ans, de Cancale ;et les marins-pêcheurs : François Lenoir, Aristide Guénard père, Auguste Blanchard, Jean Leroux, Pierre Jouquaud, Jean Derrieu, Julien Morault, Jean Jafferlot, René Bertard, François Gicquel, Louis Guyomard, François Carré, François Lecharpentier et le mousse Aristide Guénard, âgé de 15 ans. Presque tous sont du quartier de Saint-Brieuc.
Parmi les naufragés sauvés est le matelot Emmanuel Maubêche, de cet équipage.
Équipage de la goélette Vigilante (passagers à bord du Vaillant). — Jean Domalain, patron, 29 ans, de Cancale ; et les matelots : Pierre Madious, Louis Trotin, Émile Fouché père, Émile Fouché fils, Aristide Le Boulanger, François Chaux, Émile Tessier, Julien Flagué, Pierre Duplessis, Henri Garnier, Jean Flagué et le mousse Émile Ruellan, âgé de 15 ans. Tous sont de Cancale.
Les matelots Alfred Nouyoux et Marie Agenais, de la Vigilante, ont été sauvés en mer.
Équipage de la goélette Intrépide (passagers à bord du Vaillant) : le patron Alfred Delarose et le marin Guillaume Leboulanger sont aussi parmi les survivants.
On n’a pas de nouvelle des marins François Madiou, Lucien Cadet, Léon Benjamin (de Paris), Pierre Rabet, François Duclos, Pierre Erussard, Joseph Faucon, Guillaume Méheut, Joseph Derlot, Joseph Lemercier, et du mousse Edouard Lelous, qui est de Chevreuse (Seine-et-Oise). Presque tous sont des marins de Saint-Brieuc et de Dinan.
En face de cette catastrophe de 62 victimes, laissant dans le besoin des centaines de veuves et d’orphelins sur le littoral breton, nous demandons que la charité officielle et privée, que le gouvernement, accordent à ces malheureuses familles de marins, ayant souvent chacune 4 et 5 enfants la même sollicitude qu’il témoigne aux incendiés du-Bazar de la Charité.
Devant le malheur et devant la mort, tous ces sinistrés de terre et de mer sont égaux.
L’écho de Paris — 14 mai 1897










