Le Président de la République, accompagné par MM. le général Tournier, secrétaire général de la Présidence, et Le Gall, directeur du cabinet, s’est rendu, hier matin, à neuf heures et demie, à l’Institution nationale des sourds-muets, 254, rue Saint-Jacques.
M. Félix Faure a été reçu par MM. Monod, directeur de l’assistance publique au ministère de l’Intérieur ; Debax, ancien préfet, directeur de l’établissement, les docteurs de Lacharriére, Ménière, Tscherning et Jarre, du service de santé de la maison, l’abbé Goislot, aumônier, et Denis, conservateur du musée universel des sourds-muets.
Le Président a fait une longue et minutieuse visite des ateliers, des classes et de l’infirmerie. Dans les classes, il a interrogé quelques élèves qui, saisissant ses questions par le mouvement de ses lèvres, lui ont répondu de manière très satisfaisante. On sait, en effet, que le langage des doigts inventé par l’abbé de L’Épée, a été abandonné et que maintenant les élèves « parlent » d’une façon un peu gutturale, il est vrai, mais néanmoins très compréhensible.
Passant ensuite dans les ateliers, le Président a admiré l’habileté de la main-d’œuvre chez les tailleurs, les cordonniers, les typographes et même les sculpteurs. Il a vivement félicité les maîtres qui donnent à ces déshérités un enseignement qui doit exiger beaucoup d’efforts et une patience infinie il les a remerciés de l’œuvre patriotique qu’ils accomplissent loin du bruit et avec un entier désintéressement.
Au cours de la visite, le directeur a fourni au Président quelques explications. Les établissements de l’Institution nationale des sourds-muets sont au nombre de trois celui de Paris, réservé aux garçons et qui compte 250 élèves ; celui de Bordeaux, réservé aux filles ; enfin, celui de Chambéry, où sont admis les deux sexes.
Ces établissements ne sont point des hospices, comme l’ont dit à tort plusieurs journaux. Les élèves y payent leur pension. Les conditions d’admission sont les suivantes Les élèves ne doivent être âgés ni de moins de neuf ans ni de plus de douze ; ils se divisent en trois catégories les internes, les demi-pensionnaires et les externes surveillés. L’internat coûte aux familles 1,400 fr. par an, les demi-pensionnaires payent 800 fr. et les externes 600. Le séjour normal des élèves dans l’Institution est de huit ans ; toutefois des prolongations peuvent être accordées aux familles qui en font la demande. La population scolaire, par sa nature spéciale, a besoin d’une hygiène particulière ; aussi l’immeuble, le chauffage, l’éclairage et la nourriture ne laissent-ils rien à désirer.
Après avoir parcouru rapidement les salles du musée où sont réunies des collections de toute nature, M. Félix Faure a pris congé des enfants et de leurs maîtres et est rentré à midi à l’Élysée.
Le Figaro – 14 janvier 1897










