
Professeur d’histoire de la philosophie moderne à la Sorbonne. Étudie cette année Pascal, en des leçons émouvantes et fortes. Orateur peu théâtral, mais pénétrant.
Le mercredi, à cinq heures moins le quart, aux trois coups grêles de la vieille horloge, la petite porte latérale de l’amphithéâtre s’ouvre et, précédé de l’huissier au verre d’eau, le professeur s’avance rapidement pour prendre place dans son fauteuil. Grand, mince, serré dans sa redingote noire, il incline la tête devant les applaudissements qui l’accueillent, s’assied, repousse d’une main sa lampe, de l’autre ses livres, et commence.
Au début, sa figure ascétique est impassible, sa voix un peu sèche signe de timidité.
Mais, en quelques instants, il est pris par son sujet son regard s’anime, sa voix s’élève, mais toujours austère et réservée, soulignée par quelques gestes nets et simples. Et, pendant une heure, le professeur fait vivre devant son auditoire, grâce à un don merveilleux d’analyste et de peintre d’âmes, l’homme le plus passionné qui fut, Pascal, de qui les luttes, les doutes et la foi redeviennent, pour un moment, nôtres.
Signe particulier A fait l’an dernier cet assez joli tour de force d’exposer, en seize leçons, la Dialectique transcendantale de Kant, sans la moindre note.
Le Figaro — 24 mars 1897










