Depuis quelques semaines, des plaintes nombreuses émanant d’émigrants italiens parvenaient au service de la sûreté. Ces émigrants étaient victimes de vols à l’américaine commis à leur préjudice pendant leur séjour à Paris.
Le coupable était un nommé Joseph Dandrea, sujet italien, établi marchand de vin, 12, rue de Châlons. Cet individu faisait racoler, à la gare de Lyon, les émigrants italiens, les faisait descendre chez lui, en ayant soin de ne point se montrer. Il tâchait de connaître leurs ressources et l’endroit où ils se rendaient, puis il choisissait une victime parmi eux.
Il se rendait alors à la gare Saint-Lazare, en compagnie d’un sieur Annibale Veccisi, demeurant 75, rue du Temple, accostait l’émigrant sur lequel il avait jeté son dévolu et lui déclarait qu’il partait lui-même pour l’Amérique. Puis il le priait de lui garder l’argent qu’il avait sur lui.
L’émigrant consentait à prendre la somme, qu’il plaçait généralement dans le portefeuille où se trouvaient ses propres économies.
Daudrea et Veccisi le conduisaient ensuite chez divers marchands de vin, puis subtilisaient adroitement le portefeuille, qu’ils remplaçaient par un rouleau de papier.
Un inspecteur de la sûreté qui, vendredi dernier, suivait le manège des deux filous les voyait dévaliser un sieur Giovanni Batista Zunino. Il prévenait l’Italien et lui demandait à visiter son sac. Zunino, prenant l’agent pour un voleur, tira un couteau de sa poche et appela ses compatriotes. L’inspecteur de la sûreté eut toutes les peines du monde à se faire comprendre, et Zunino ne fut convaincu que lorsque l’agent lui eut prouvé que le rouleau d’or que lui avaient remis Dandrea et Veccisi ne contenait, en réalité, que des rondelles d’étain.
Les deux Italiens ont été arrêtés, et une perquisition opérée à leurs domiciles a fait découvrir de nombreuses valises et autres objets volés à des émigrants.
Le Matin — 15 juin 1897










