
Un des artistes aimés du public, Lucien Noël, le baryton qui remplissait le rôle de Pippo dans la Mascotte, à la Gaîté, vient de tenter de se suicider dans des circonstances tout à fait particulières.
Il y a trois mois environ, Lucien Noël avait fait la connaissance d’une demi-mondaine, Clémence de Pibrac. La jeune femme s’était éprise de l’artiste et, presque chaque soir, elle allait au théâtre l’admirer et l’attendre pour l’emmener dans son coquet hôtel de la rue Crevaux.

(image créée par AI d’après photographie originale)
Cette idylle fut interrompue par un voyage à Nice, voyage exigé par « le moins heureux des trois » ou, si vous, le voulez, le dispensateur du luxe de Mme de Pibrac, un grand négociant en vins de champagne(*).
On se jura de s’aimer encore plus pendant l’absence. Mais la chair est faible et une lettre anonyme, envoyée par quelque jaloux, avertit Mme de Pibrac que son ami l’oubliait dans d’autres bras.
Abandonnant tout, la jeune femme prit le rapide et arriva à la Gaité, furieuse, fulgurante. Une première scène eut lieu, en sourdine, à cause du voisinage des tiers. Mais la colère éclata tout à fait terrible quand on fut rentré rue Crevaux.
Sur un « jamais » prononcé d’un ton décisif et péremptoire, Lucien Noël, désespéré, prit un revolver et s’en tira une balle dans la région du cœur.
Par bonheur l’arme a dévié et le projectile n’a fait qu’une blessure peu profonde et sans grand danger. Émue de cette preuve d’amour, Mme de Pibrac a pardonné et s’est constituée la garde-malade de l’artiste.
Si elle repart à Nice, ce sera cette fois en compagnie du convalescent.
Le Figaro — 2 avril 1897
(*) Alexandre de Bary (1854-1899) qui fut l’un des promoteurs de la Maison Mumm.










