Des souteneurs menaient grand tapage, avant-hier soir, à onze heures, dans un bal public du passage d’Allemagne. Le patron de l’établissement, ne pouvant arriver à rétablir l’ordre, demanda l’intervention des gardiens de la paix. Ceux-ci expulsèrent les perturbateurs, mais un des agents, Henri Avaral, fut frappé par un des misérables de plusieurs coups de couteau entre les deux épaules et à la tempe droite.
Deux coups de revolver furent même tirés contre d’autres gardiens de la paix qui arrivaient pour prêter main-forte à leurs collègues. Une seule arrestation a pu être opérée celle d’un nommé Hippolyte Lamy, âgé de vingt-deux ans. Ses complices sont recherchés.
Une heure plus tard, une bagarre du même genre se produisait rue d’Alsace, à Levallois-Perret, et un employé de commerce, Charles Bruant, âgé de vingt-sept ans, demeurant route de la Révolte, recevait d’un inconnu un coup de couteau dans le dos. La blessure est très grave et la victime a été transportée à l’hôpital Beaujon.
Vers quatre heures du matin, des gardiens de la paix trouvaient étendu sur la berge de la Seine, en bas du quai d’Orsay, un individu sans connaissance et portant au visage des blessures dont le sang coulait abondamment. Cet individu fut transporté au poste de la rue de Verneuil où des soins le ranimèrent. Il raconta alors qu’assailli et dépouillé par deux rôdeurs, place Saint-Germain-des-Prés, il avait été ensuite entraîné par eux et abandonné à l’endroit où on l’avait trouvé. La victime de cette agression, un nommé Paul Eberhard, cuisinier, habitant rue Mouffetard, n’a pas paru dire toute la vérité au commissaire de police venu pour l’interroger.
Enfin, deux inspecteurs d’assurances, MM. Eugène Harel, âgé de vingt-neuf ans, demeurant 24, rue Custine, et Louis Reygner, trente-neuf ans, habitant 50 bis, avenue de Lamothe-Piquet, entraient, avant-hier soir, à sept heures et demie, dans une vespasienne située à l’angle des rues Ramey et Custine. M. Harel en sortit le premier et reçut au visage un formidable coup, asséné avec un coup-de-poing américain, qui lui fit sortir presque complètement l’œil gauche de l’orbite et lui arracha le nez. M. Reygner voulut venir au secours de son ami, mais il subit le même sort. Les deux malfaiteurs qui venaient de les assommer s’apprêtaient à les dépouiller, quand ils aperçurent deux gardiens de la paix. Après une course et une lutte acharnées, les agents parvinrent à se rendre maîtres des misérables, nommés Louis Bideaux, plombier, et Louis Sig, zingueur. Tous deux ont été écroués au Dépôt.
Les deux blessés, dont l’état est très grave, ont été reconduits, sur leur demande, à leurs domiciles respectifs.
Le Figaro –— 3 janvier 1897










